Mardi 26 Mars 2002 : Bernard Lenoir, Les Inrockuptibles 331 (nouvelle formule)

  Magazine Inrockuptibles

La playlist de l'émission

AuteurTitre
1The Chemical BrothersThe State We're In
2The StreetsHas It Comes To This ?
3NerdBaby Doll
4BlackaliciousSky Is Falling
5XTCMaking Plans For Nigel (Swindon Town Hall Demo)
6Patti SmithWhen Doves Cry (Prince cover)
7Dakar And GrinserI Wanna Be Your Dog (The Stooges cover)
8Kenzo SaekiLe Poinçonneur Des Lilas (Serge Gainsbourg cover)
9DJ MehdiAnything Is Possible


Quelques références du soir

Toutes les références ne sont pas renseignées, souvent par manque de temps. Il s'agit principalement des disques-supports passés dans l'émission : single, album, compilation ... Libre à vous de compléter dans les commentaires !

Album / SingleLabelAnnée
1Come With UsVirgin2002
2Original Pirate MaterialLocked On2002
3In Search Of…Virgin2001
4Blazing ArrowMCA Records2002
5Coat Of Many CupboardsVirgin2002
6Land (1975-2002)BMG2002
7Are You Really Satisfied NowDisko B1999
8Japan TouchNew Mantra2002
9(The Story Of) EspionDelabel2002


Écoutez Bernard Lenoir le 26 mars 2002

Christian Fevret, rédacteur en chef des Inrockuptibles, présente la nouvelle formule de l’hebdomadaire, avec le numéro 331 du magazine. Ce lancement marque un tournant pour le titre qui s’agrandit, s’aère et s’étoffe pour atteindre 130 pages.
Le débat se focalise sur l’intégration massive de la télévision dans le magazine. Si Lenoir s’étonne de ce rapprochement avec un média qu’il juge polluant, Fevret justifie ce choix par la richesse culturelle du câble et du satellite, revendiquant une sélection exigeante (Arte, l’Actor’s Studio) loin des programmes généralistes. La discussion est rythmée par des actualités musicales : le phénomène The Streets, l’intégrité artistique de N.E.R.D, ou encore des raretés d’XTC et de Patti Smith.
Le volet rédactionnel traite de sujets variés, d’une enquête sur l’ambiguïté du « Vrai Journal » de Karl Zéro à un entretien avec l’intellectuel palestinien Edward Saïd. Entre anecdotes sur la saga de Manchester (24 Hour Party People) et curiosités japonaises reprenant Gainsbourg, Fevret défend un journalisme curieux et « tout-en-un », désormais disponible chaque mercredi pour 2,90 €. Ce dialogue illustre la volonté du magazine de rester un prescripteur culturel majeur à l’aube des années 2000.

Déroulé de l’enregistrement

Musique : The Chemical Brothers – The State We’re In

(06:20)
Bernard Lenoir : Bien, vous n’avez pas oublié, j’espère, que nous avions rendez-vous ce soir avec le jeune tycoon de la presse hebdomadaire, Christian Fevret, rédacteur en chef des Inrockuptibles. Bonsoir.

Christian Fevret (enroué) : Salut Lenoir !

Bernard Lenoir : Ouh là, c’est quoi cette voix ?

Christian Fevret : C’est ma voix à maturité.

Bernard Lenoir : C’est la voix du mec qui a mis les bouchées doubles ces jours-ci.

Christian Fevret : Non, il y a des virus qui traînent, il paraît.

Bernard Lenoir : Ah d’accord. Et tu sais que bon, ça va, t’as un mot d’excuse,

Christian Fevret : J’ai un mot d’excuse, j’ai amené de la musique

Bernard Lenoir : Justement, si j’arrivais à la même heure que toi pour faire ce programme, ça serait la cata totale. Arriver vers 21h03, c’est pas vrai, à la fin des infos

Christian Fevret : On a juste sous-estimé un petit peu le boulot que nécessitait 50 pages de plus par semaine.

Bernard Lenoir : D’accord, on va en parler puisque t’es là pour nous vanter les mérites de ce nouveau format des Inrockuptibles. Justement, j’ai mis les Chemical Brothers en t’attendant. D’abord parce que c’est l’actualité, ils sont à Paris dans quelques jours, le 29 au Zénith. Je ne sais pas si Beth Orton sera là, ça m’étonnerait, mais on aurait pu aussi démarrer avec le morceau enregistré avec New Order sur la B.O. de 24 Hour Party People.

Christian Fevret : Pour la première fois ils ont enregistré ensemble, enfin ils avaient fait un morceau avec Barney pour l’album précédent, sur Surrender. Et là, pour la première fois, ils ont vraiment enregistré les deux groupes ensemble, donc New Order et les Chemicals. En fait, pour la B.O. d’un film qui va être projeté à Cannes pour la première fois, qui sortira en France en septembre.

Bernard Lenoir : La grande saga de Manchester qui tourne autour de l’Haçienda et…

Christian Fevret : Voilà, c’est le cinéaste anglais Michael Winterbottom qui a réalisé le film et qui est la reconstitution de la grande saga Manchester, “Madchester”, de la Factory, de toute l’histoire de Tony Wilson.

Bernard Lenoir : Tu l’as vu ou il n’y a que JD pour l’instant ?

Christian Fevret : JD est allé le voir hier, il a eu droit à une projection en avant-première.

Bernard Lenoir : Ça a dû lui plaire forcément.

Christian Fevret : Il a été stupéfait parce que tous les gens qu’il a connus, qu’il a vus, parce que JD a habité à Manchester juste à cette époque, qui revivaient sous ses yeux, et visiblement avec un naturel, une spontanéité… Il faut dire que tout le film a été supervisé par Tony Wilson, donc le créateur de Factory, le boss, un petit peu le marionnettiste de toute cette époque.

Bernard Lenoir : L’escroc en chef ?

Christian Fevret :  Exactement.

Bernard Lenoir : L’escroc en chef de Manchester, mais sympathique au demeurant

Christian Fevret :  Mais un escroc qui a fait que des choses pas mal se soient passées.

Bernard Lenoir : Oui, oui. Bon, écoute, première nouveauté et puis on attaque sur la nouvelle formule des Inrocks.

Christian Fevret :  Allons-y !

(08:48)
Musique : The Streets – Has It Comes To This ?

(12:39)
Bernard Lenoir : À l’écoute des rues, ça tombe bien puisque vous ouvrez le numéro, à la rubrique “Avant-première”, avec un petit papier sur The Streets. Et on apprend que finalement ce n’est qu’un seul homme, Mike Skinner. Voilà, les Streets justement, vous dites qu’avec un accent comme ça… Il vient d’où ce garçon ?

Christian Fevret : Extraordinaire, de Birmingham je crois. De Birmingham et… Voilà, on pourrait faire un triangle comme ça qui aurait trois côtés, qui seraient Happy Mondays, Les Specials et puis Roots Manuva. Et voilà, ce gars-là serait au milieu de ce triangle. C’est vraiment le disque le plus impressionnant que j’aie entendu depuis longtemps.

Bernard Lenoir : Mike Skinner, dites-vous, qui « arpente les rues de Birmingham, à l’écoute des bruits chaotiques des tensions urbaines, de l’hédonisme désenchanté des virées du samedi soir, des clubs où l’on danse avec l’énergie du désespoir ». L’album sort quand, Christian ?

Christian Fevret : Ça sort cette semaine en Angleterre, par contre c’est début mai en France, toujours un petit peu en retard.

Bernard Lenoir : Bon alors, cette nouvelle formule des Inrockuptibles. On ne se sent pas perdu du tout, d’abord parce que c’est toujours le même logo, impeccable, donc il reste, hein ?

Christian Fevret : Il reste, il s’est fait un tout petit peu plus discret.

Bernard Lenoir : Alors le format a changé, j’ai l’impression que c’est un petit peu plus grand qu’avant. Pas beaucoup, mais juste ce qu’il faut.

Christian Fevret : Un petit peu, on avait besoin de se donner un peu de place, on avait besoin de blanc, on avait besoin d’espace, donc on a grandi en hauteur.

Bernard Lenoir : Et puis 130 pages quand même, il y en a un peu plus qu’avant ?

Christian Fevret : Il y en a un petit peu plus qu’avant…

Bernard Lenoir : Alors 130 pages, je le dis, je fous les pieds dans le plat, 30 pages de pub quand même. C’est indispensable ça pour survivre ?

Christian Fevret : Non non, s’il y en avait 30 ça serait pas mal.

Bernard Lenoir : Bon, je me souviens quand même qu’à une époque vous citiez Tati : “trop de couleurs distrait le spectateur”. Là on y est quand même.

Christian Fevret : Proportionnellement il y en a vachement moins qu’avant.

Bernard Lenoir : Il va s’en sortir quand même, j’en suis sûr. Bon d’accord, je t’ai pas eu ce coup-ci.

Christian Fevret : Ici on est sur une radio qui a la chance de ne pas avoir besoin de pub pour vivre, mais c’est vrai que pour un journal comme celui-là, si on ne veut pas le mettre trop cher, c’est nécessaire.

Bernard Lenoir : Bon d’accord. “L’hebdo culture”, ça c’est le sous-titre des Inrockuptibles. L’hebdo culture, donc on s’y retrouve, c’est comme avant, n’ayez crainte : cinéma, musique, littérature, théâtre, peinture, arts plastiques, enfin tout ce que vous traitiez jusqu’à présent. Société aussi. Et puis ça se gâte quand même parce que vous l’annoncez comme ça de but en blanc dans le sous-titre : “Télé”. Alors la télé, moi j’ai fait un bond. Pourquoi ce rapprochement avec l’ennemi, avec cette pollution, cette nuisance extrême qu’elle représente ? Je ne comprends pas très bien.

Christian Fevret : Ben d’abord la télé a vachement changé ces dernières années. C’est-à-dire que, tout simplement sur le câble en grande partie…

Bernard Lenoir : Ah, sur le câble ! Tu t’en sors une deuxième fois, d’accord.

Christian Fevret : Tu peux voir aujourd’hui… non mais sérieusement.

Bernard Lenoir : Mais alors si c’est pour traiter les programmes du câble, trois pages ça suffit. Là, il y a la moitié du canard.

Christian Fevret : Non non, regarde, chaque jour, qu’est-ce que tu peux voir à la télé ? Tu peux voir Jonas Mekas, tu vois une soirée entière Jonas Mekas. Tu vois des concerts que tu ne voyais nulle part ailleurs avant. Tu vois des films que tu ne voyais nulle part ailleurs… Aujourd’hui la télé avec le câble (bon après il faut sélectionner, etc.) est vachement plus proche de ce qu’on aime nous, de ce qu’on regarde nous, de ce qu’on cherche nous. Il y a beaucoup plus de choses aventureuses.

Bernard Lenoir : À condition, reconnais-le, d’être insomniaque, d’allumer sa télé à partir de minuit quoi, à peu près, ou de regarder Arte essentiellement.

Christian Fevret : Mais attends, les magnétoscopes ça existe. Le câble, le satellite maintenant ce sont quand même des choses qui ne sont pas réservées à une petite élite, qui sont quand même des choses assez répandues. Si tu me demandes si c’est sur TF1, France 2 ou France 3 (France 3 un petit peu) qu’on trouve les bonnes choses, oui en effet ce n’est pas là qu’on va trouver les choses, il faut aller les chercher. Mais nous justement on se disait que tu peux chaque jour avoir 10, 12, 15 choses assez passionnantes à la télé.

Bernard Lenoir : Bon je reconnais que vous passez en revue tous les programmes de télé mais que vous piochez là-dedans ce qu’il y a vraiment de regardable. Donc c’est vrai, je me fais l’avocat du diable. Mais ça surprend quand même parce qu’il y a tellement de journaux qui traitent de télévision et qui le font parfaitement bien. Pourquoi les Inrocks tout d’un coup en plus ?

Christian Fevret : Non, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de journaux qui le fassent bien parce que nos petits amis hebdomadaires moins laïcs que nous…

Bernard Lenoir : Des noms ! Des noms !

Christian Fevret : Ben ils sont obligés quand même de tout couvrir, d’être à la fois sur L’Inspecteur la Bavure et sur Le Maillon Faible. Bon, nous quand on fait Le Maillon Faible, c’est Serge Kaganski qui s’y colle. Voilà, c’est… et je pense que ça donne un bon papier. On est dans le pur plaisir de lecture.

Bernard Lenoir : Bah oui, le grand Kaganski est parfait puisqu’il me rejoint en plus. Il dit : “Je regarde rarement la télé pour m’élever. Et découvrir Welles, Proust ou Bach pour ce genre de nourriture spirituelle, le grand cru, je dispose de livres, de CD, de DVD, de salles de ciné et de concerts. Je fais de la télé le même usage ménager que du lave-vaisselle ou des toilettes. Défouloir hygiénique, exutoire à ma paresse et à mes mauvaises pulsions, Le Maillon Faible, comme tout le monde en parle, ce même jour, sont des lieux d’aisance permettant de réguler mon biotope de consommateur culturel du 21ème siècle.”

(17:35)
Musique : Nerd – Babydoll

(21:17)
Bernard Lenoir : Christian Fevret , là aussi une nouveauté ? Pas encore dans les bacs cet album de Nerd., c’est ça ? Et ils sont présents dans votre rubrique musique.

Christian Fevret : Voilà, on a fait une page, c’est l’histoire d’un album un peu particulier. Les Nerd en fait c’est le nom de groupe des producteurs les Neptunes, qui sont notamment derrière Kelis, donc parmi les producteurs de la musique noire américaine les plus novateurs du moment. Et qui ont sorti leur premier album il y a six mois. Et sa particularité, c’est que l’album ressort, mais il ressort réenregistré. En fait ce qui s’est passé, c’est qu’ils ont donné les bandes à leur maison de disques l’été dernier. Et une semaine après ils sont revenus en disant : “Attendez, attendez, on vous a donné les mauvaises bandes là. On a tout réenregistré mais plus avec des samplers, plus avec des machines, on a tout réenregistré avec de vrais instruments. Donc c’est cet album-là qu’il faut sortir, c’est la version avec instruments qu’il faut sortir ». Et leur maison de disques leur a dit : “Ah oui mais attendez, problème c’est qu’en France, en Europe etc., c’est trop tard, l’album est déjà sorti.” Résultat, on a eu une première version de l’album de Nerd. il y a six mois, et une nouvelle version aujourd’hui. Le problème c’est que du strict point de vue commercial, c’est une espèce de suicide commercial puisque les disquaires n’en veulent pas, les radios ne sont pas intéressées et la presse ne comprend rien. Voilà, c’est une histoire assez intéressante d’intégrité musicale qui risque de déboucher sur un gros fiasco commercial.

Bernard Lenoir : Bon, j’étais en train de jeter un coup d’œil sur votre rubrique musique : rock, électro, rap. Rien de changer, c’est un peu plus clair qu’avant quand même j’ai l’impression. Plus de place peut-être ?

Christian Fevret : Non non, pas rien de changé. Il y a plus de place qu’avant, il y a plus de chroniques, il y a plus de choses, il y a des mini interviews, il y a plus d’albums chroniqués, il y a plus de news. Les concerts sont plus complets parce que bon, tout à l’heure tu disais en effet bon on a consacré de la place à ce guide télé mais le principe c’était de faire moitié-moitié. C’est-à-dire que sur les 50 pages qu’on a rajoutées, on en a consacré la moitié au guide télé et l’autre moitié à améliorer, à renforcer, à étoffer le journal. Donc à renforcer les rubriques, à se donner plus de place sur la musique, à se donner plus de blanc, à pouvoir aussi remettre des photos, à pouvoir… des photos sur de grands espaces, à pouvoir jouer de la longueur.

Bernard Lenoir : Un meilleur rendu des photos je trouve aussi hein.

Christian Fevret : Voilà, on… mais ça c’est parce qu’on a soigné particulièrement la fabrication du journal. C’était important d’avoir un bel objet quoi.

Bernard Lenoir : Juste ce numéro, après ça redevient mauvais comme c’était avant.

Christian Fevret : Après ça redevient l’espèce de torchon habituel

Bernard Lenoir : d’accord on est d’accord. Puis il y a des petites bulles, des petites astuces, les disques qui vont bientôt sortir, qu’on écoute parfois ici en “advanced CD”. Des petites bulles comme ça… Par exemple : “Weezer se rebelle. Weezer a envoyé aux radios américaines un CD 8 titres issu des sessions de leur prochain album, « Maladroit », et s’est attiré les foudres d’Interscope, leur maison de disques, certains des titres en question passant déjà sur les ondes. Dope Nose, single à sortir en avril, est entré à la 25ème place du classement rock du Billboard. Les patrons d’Interscope, déjà énervés par la diffusion de ces titres sur le site officiel du groupe depuis janvier, ont demandé au leader Rivers Cuomo de demander aux radios de retirer les titres de leur programmation. Le chanteur-guitariste a préféré remercier les radios et les fans pour leur soutien. « Maladroit » sort le 30 avril prochain.” Et vous donnez aussi…

Christian Fevret :  c’est un peu les Noir Désir américains.

Bernard Lenoir : Ouais ouais, voilà, c’est bien. Et Maladroit ça fait partie des disques, là vous avez un peu copié le NME avec les disques que vous écoutez déjà à la rédaction hein. Il y a une petite liste maintenant par exemple : Faultline, The Streets, Weezer, Simian…

Christian Fevret : Voilà toutes les choses qui ne sont pas encore disponibles mais qui tournent.

Bernard Lenoir : Ça c’est pour nous mettre l’eau à la bouche, pour nous renvoyer sur ce programme parce que la plupart du temps on les écoute aussi ici un peu en avance. Alors on parlait de télé. Tu disais combien de pages consacrées à la télé ? Une bonne quinzaine ?

Christian Fevret : Donc en tout il y en a quatre par jour précisément. Quatre par jour.

Bernard Lenoir : Et puis cette petite nouveauté aussi là, la rubrique sur le côté : “C’est mon choix”. Alors là chacun d’entre vous se lâche sur un sujet quelconque concernant la télé.

Christian Fevret : Voilà, l’idée c’est tout simplement de confier chaque jour une chronique, une chronique très libre à des journalistes ou même à des invités puisque Patrick Bouvet est invité, la semaine prochaine Pierre La Police, Martin Winckler et d’autres invités, tu es le bienvenu, qui prendront prétexte d’un programme de télévision pour, à partir de là, chroniquer en liberté totale. Donc ça donne aussi bien Serge tout à l’heure qui détourne le Maillon Faible, que Joseph qui nous parle de son amour pour Jonas Mekas, comment Jonas Mekas lui a fait découvrir tout l’underground new-yorkais, ou encore Francis Dordor qui nous raconte sa passion pour la chaîne météo.

(25:59)
Musique : Blackalicious – Sky Is Falling

(28:22)
Bernard Lenoir : Christian Fevret , rédacteur en chef des Inrockuptibles. Avant de conclure sur votre traitement télé dans la nouvelle formule des Inrockuptibles, c’est vrai que je me faisais l’avocat du diable tout à l’heure, mais c’était juste un peu pour te chauffer, parce que si on prend par exemple, vous traitez le dimanche 31 mars et vous mettez le paquet sur l’émission qu’on voit sur Paris Première, l’Actor’s Studio, qui est faite par un des boss de l’école, devant les étudiants, et qui invite chaque fois une pointure

Christian Fevret : Voilà, souvent, ce sont des acteurs, de temps en temps, des réalisateurs, et ça donne des moments assez savoureux. Je me souviens de l’émission avec Harvey Keitel ou avec Christopher Walken absolument extraordinaire. Et cette semaine, c’est Francis Ford Coppola qui est l’invité. Ce sont des moments assez rares à la télévision. Entendre parler Francis Ford Coppola pendant une heure de manière aussi intime que ça, ça vaut le coup de le mettre en avant.

Bernard Lenoir : Et le même jour, le film de William Klein « Muhammad Ali, The Greatest », et puis une petite série, sur Canal Jimmy que je ne regarde jamais, qui s’appelle Rude Awakening. Notez-les, notez-les

Christian Fevret : Moi, c’est uniquement pour l’actrice Sherilyn Fenn. Ceux qui ont suivi Twin Peaks de près se souviennent. Sherilyn Fenn est l’héroïne d’une série qui s’appelle Rude Awakening et qui est une très très très bonne série

Bernard Lenoir : C’est vrai qu’il y a une petite photo d’elle où elle est toujours aussi mignonne. Et Michèle Soulier est d’accord. Alors si Michèle Soulier est d’accord, qu’est ce que tu veux dire ? Rien à rajouter…

(29:42)
Musique : XTC – Making Plans For Nigel

(33:45)
Bernard Lenoir : Eh Chrisitan, ce n’est pas tout à fait la version originale, ça, de Making Plans For Nigel ?

Christian Fevret : Tout à fait, mais tu sais, cette version qui est une version démo, je la découvre en même temps que toi, puisque c’est un coffret magnifique qui va sortir, je pense que c’est en édition limitée, un coffret de 4 CD entièrement consacré à XTC. Et la moitié des morceaux, je pense qu’il y a une soixantaine de morceaux en tout, et la moitié sont des morceaux rares, inédits, des versions démo, des versions live. En gros, c’est l’objet que tout fana de XTC attendait depuis le début. Et voilà on a hésité entre “Making Plans for Nigel” et puis “Senses Working Overtime” qui est pour moi l’autre morceau emblématique de XTC qui se trouve ici en version démo également.

Bernard Lenoir : Bon si j’ai un conseil à te donner c’est de remettre le coffret tout de suite dans ton petit sac parce qu’il y a des fans de XTC, t’en as au moins deux là, Mme Soulier et moi-même.

Christian Fevret : Mais je voudrais te faire envie encore un petit peu plus longtemps. On va peut-être le laisser sous tes yeux.

Bernard Lenoir : Bel objet avec un joli livret et tout. Très bel objet aussi c’est la compile de Patti Smith.

Christian Fevret : Oui, un petit peu moins ambitieux comme ça mais c’est un double CD, le livret est très bien foutu.

Bernard Lenoir : Magnifique, belles photos et tout.

Christian Fevret : Le principe c’est qu’il y a 17 morceaux donc du répertoire de Patti Smith

Bernard Lenoir : Choisis par ses fans en plus…

Christian Fevret : Bon évidemment on retrouve tous les classiques, de “Gloria” au dernier album en passant par “Set Me Free” etc. Il y a la reprise de Prince “When Doves Cry“, magnifique. Et puis 13 titres inédits, enfin souvent ce sont des morceaux qu’on connaît mais dans des versions inédites sur le deuxième CD. Indispensable.

Bernard Lenoir : Bien, on écoute Patti Smith tant qu’on y est et puis on revient à la nouvelle formule des Inrocks

(35:20)
Musique : Patti Smith – When Doves Cry

(40:16)
Bernard Lenoir : Voilà, une des nouveautés de la semaine, le double album de Patti Smith Best Of Land . Enfin, Best Of avec quand même un inédit parce qu’elle faisait ce morceau sur scène, When Doves Cry, une reprise de Prince, mais je crois qu’elle ne l’avait jamais enregitré ?

Christian Fevret : Non, non, elle l’a enregistré spécialement pour la compilation, mais il y a d’autres inédits, sur le deuxième CD, notamment des morceaux enregistrés lors de son come-back de 95

Bernard Lenoir : Il y a un morceau magnifique avec Tom Verlaine et Jeff Buckley, qu’on entend pas mais qui joue de la guitare. Un très très beau titre. Bon, Fevret, pose-moi ce CD, parce que tu crois pas que tu vas t’asseoir dessus, tu l’as déjà.

Christian Fevret : Je serai presque prêt à l’échanger contre l’XTC

Bernard Lenoir : Tu vas le recevoir, si tu l’as pas. Bon, on revient à la nouvelle formule des Inrocks. Vous êtes revenus au “Guide de bord” qui avait existé il y a quelques années et puis vous aviez abandonné.

Christian Fevret : Voilà, pendant 2-3 ans entre 95 et 97 à peu près, il y avait un guide de bord qui était une espèce de guide des sorties dans lequel il y avait d’ailleurs de la télévision mais il y avait des expos, des concerts etc. Et là l’idée, c’était tout simplement de redonner un outil pratique aux gens qui voulaient non seulement aller au concert mais voir du théâtre, voir des expositions etc. Et d’abord, on ouvre avec une double page où on a essayé de concilier, en 16 images et 16 textes, les 16 événements de la semaine.

Bernard Lenoir : Qu’il ne fallait pas rater.

Christian Fevret : Voilà qui sont à la fois des sorties de disques, des concerts, des films, des rétrospectives.

Bernard Lenoir : Tout azimut.

Christian Fevret : Tout azimut

Bernard Lenoir : C. ‘est vrai. Et après vous revenez à ce qu’il ne faut pas rater non plus mais en région.

Christian Fevret : Voilà. Alors là c’est un guide région, vraiment région par région. On a découpé la France en les cinq régions téléphoniques, on ne s’est pas creusé trop la tête. Et ensuite, jour par jour, de manière à vraiment avoir un guide national de tout ce qu’on peut faire, de tout ce qu’on peut faire en cinéma, en musique, en expo…

Bernard Lenoir : Culture tout-en-un tout confondu quoi. Photo, concert, festival, absolument tout. Tout y est. Je n’ai pas été jusqu’au bout mais bon je vais vérifier pour voir si vous n’avez rien oublié.

Christian Fevret : Il y a à peu près entre 150 et 200 propositions par semaine dans toute la France.

Bernard Lenoir : Bien, les Inrocks. Est-ce que vous en avez profité pour doubler le prix du numéro ? Non ? Je peux toujours me le payer toutes les semaines ?

Christian Fevret : Non non c’est toujours… toi tu pourras toujours te l’offrir.

Bernard Lenoir : Bon d’accord.

Christian Fevret : Non non, on a fait un effort c’est pas cher. C’est pas cher du tout.

Bernard Lenoir : Bon tu dis combien quand même ou pas ?

Christian Fevret : 2,90. 2,90 en euros.

Bernard Lenoir : 2,90€. Attends je sors ma calculette.

(42:49)
Musique : Dakar And Grinser – I Wanna Be Your Dog

(45:20)
Bernard Lenoir : C’est quoi ce télescopage improbable Fevret ?

Christian Fevret : Écoute c’est l’un des trucs les plus jouissifs du moment. Je crois que le disque sera bientôt disponible. En fait ce sont des DJ anglais, c’est le gros truc du moment, c’est-à-dire ça consiste à mixer des morceaux qui n’ont rien à voir ensemble, de les remettre au même tempo. Ça dure 60 minutes, c’est une espèce d’orgie musicale absolument délirante. Là évidemment les Stooges mixés avec Salt-N-Pepa. Mais on passe par New Order, on passe par “Waiting For My Man” etc.

Bernard Lenoir : Ça marche 2 par 2 ?

Christian Fevret : Ça marche deux par deux, parfois trois par trois parfois quatre morceaux les uns sur les autres. À un moment ils font ça avec les Breeders, ça donne un résultat absolument extraordinaire.

Bernard Lenoir : C’est un peu The Avalanches qui a lancé cette mode-là ?

Christian Fevret : Oui, mais là d’une manière plus… beaucoup plus basique, c’est-à-dire vraiment on enchaîne les morceaux on en met deux, trois, quatre maximum et c’est un plaisir. Alors évidemment, ça n’apporte rien de nouveau, ce n’est pas là qu’on va découvrir de nouvelles chansons et une nouvelle sensibilité musicale mais en tout cas, c’est une espèce d’orgie sonore, pour l’oreille, fantastique.

Bernard Lenoir : Bien on revient aux Inrockuptibles. Vous n’avez rien changé non plus sur l’article de fond dans chaque numéro avec la couve qui va avec. Et cette semaine c’est enquête sur “Le Vrai Journal” de Karl Zéro. Alors je vais te dire…

Christian Fevret : Je sais, Karl Zéro est ton grand ami.

Bernard Lenoir : Non moi tu sais, je déteste autant la politique que la télé alors les deux ensemble c’est le cauchemar. Quant à l’humour de Karl Zéro, je préfère de loin celui d’Édouard Baer. J’aurais préféré que vous fassiez un grand papier sur l’émission géniale de Baer là “Secret de femme”.

Christian Fevret : Qui est d’ailleurs la première émission sur laquelle on ouvre dans les programmes qui est une émission, c’est vrai, absolument géniale, qui est à mon avis l’une des meilleures émissions de télé.

Bernard Lenoir : De télé ? De radio surtout

Christian Fevret : et de radio, puisque c’est une émission de Radio Nova à l’origine.

Bernard Lenoir : Absolument géniale

Christian Fevret : En fait, pourquoi l’enquête sur “Le Vrai Journal” ? Non pas par admiration pour Karl Zéro parce que c’est quelqu’un pour lequel moi personnellement et je pense beaucoup de gens dans le journal ont absolument aucune sympathie. Simplement, l’émission est une émission vachement intéressante. Elle est détestable par bien des aspects notamment par ce qu’amène Karl Zéro. Et d’un autre côté, c’est l’une des seules émissions sinon la seule dans laquelle tu peux voir un ensemble de sujets qui, nous, nous tiennent particulièrement à cœur. C’est-à-dire aussi bien sur l’antimondialisation ça a été sur les sans-papiers pendant très longtemps. Des sujets que tu ne vois absolument nulle part ailleurs. Et qui sont le fait de journalistes non seulement intéressants, fouineurs, qui arrivent à faire de très bons sujets et qui essaient chaque semaine de les caser dans l’émission de Karl Zéro. Donc c’est une émission vachement ambiguë et qui est assez révélatrice de la manière dont il faut pour certaines choses pour exister à la télé faire de l’entrisme, se maquer, faire des compromis. Voilà c’est assez révélateur et fouiner dans la manière dont se fabrique “Le Vrai Journal” chaque semaine c’est d’une certaine manière montrer comment fonctionne une bonne partie de la télévision mais aussi de la société autour de nous c’est-à-dire jusqu’où on est prêt à faire certains compromis pour faire passer certaines choses.

Bernard Lenoir : Et derrière tout ça il y a heureusement un mec génial qui est Chabalier, le boss de CAPA. C’est lui un peu cet esprit-là quoi d’investigation d’aller un peu fouiner là où les autres ne vont pas.

Christian Fevret : Voilà il y a lui et puis il y a surtout des jeunes journalistes, des jeunes journalistes chez CAPA qu’on n’a pas tous mis sur le trombinoscope. Il y a des jeunes journalistes très très doués et qui font de très bons sujets.

Bernard Lenoir : Bon on revient à la musique. Il nous reste quelques minutes. T’as épuisé ton stock de nouveautés ou il y en a encore quelques-unes ?

Christian Fevret : Non, on en a encore quelques-unes. Là aussi, c’est un petit peu pour l’anecdote : des reprises de Gainsbourg en japonais et pour “Le Poinçonneur des Lilas”, c’est particulièrement croustillant.

Bernard Lenoir : On reconnaît quand même la mélodie ?

Christian Fevret : Tu vas voir.

(49:15)
Musique : Kenzo Saeki – Le Poinçonneur Des Lilas

(51:24)
Bernard Lenoir : Alors tu vois, quand Michèle Soulier voit qu’on est en train de discuter comme des furieux, qu’elle entend rien à ce qu’on dit, ça la rend maboule.

Christian Fevret : Mais on est tellement bien entre nous

Bernard Lenoir : Pour dire des conneries surtout, on est number one. Bon Christian, quoi rajouter ? Est-ce que vous avez remis le compteur à zéro ? C’est le numéro un ou vous continuez dans la foulée ?

Christian Fevret : Non non, on continue. Tu sais, on aime bien l’effet de masse comme ça, donc 331.

Bernard Lenoir : 331. Bon, vous auriez pu remettre un petit compteur.

Christian Fevret : Par contre, on n’a pas compté les mensuels là-dedans. C’est-à-dire on a fait 60 et quelques numéros du mensuel avant, donc on va sur notre 400ème numéro.

Bernard Lenoir : Bon tu nous rebalances le sommaire là de cette semaine ?

Christian Fevret : Donc cette semaine, ben évidemment il y a l’événement Chemical Brothers. Donc, on est allé voir les Chemicals au Japon. Concert particulièrement impressionnant.

Bernard Lenoir : Plein de photos accrochées là-bas. c’est là que vous avez ramené le Gainsbourg qu’on vient d’entendre ?

Christian Fevret : Exactement. On l’a ramené. Non, non, le Gainsbourg il sort aussi en France il sort en France

Bernard Lenoir : Importé du Japon et déjà dans les bacs ici. Magnifique.

Christian Fevret : En cinéma, il y a un film impressionnant cette semaine c’est le Avalon. Évidemment autour de ça il y a toute la question des nouvelles images. Israël-Palestine c’est le sujet politique sur lequel on voulait commencer donc un entretien avec Edward Saïd qui est un universitaire palestinien.

Bernard Lenoir : C’est Bourmeau sûrement qui s’y est collé là non ?

Christian Fevret : C’est Bourmeau, mais tu verras que c’est un entretien particulièrement éclairant. Murat évidemment.

Bernard Lenoir : Ah oui il est là demain Jean-Louis, un pote, pour nous parler de son album qui est sorti aujourd’hui Le Moujik et sa femme.

Christian Fevret : Le Moujik ça sort aujourd’hui. Et puis évidemment, la grande enquête sur “Le Vrai Journal”.

Bernard Lenoir : Également les jeunes et les jeunes chevênementistes. C’est pour toi ça non ?

Christian Fevret : Non me dis pas que Michèle…

Bernard Lenoir : Ouh là, elle n’est pas d’accord, elle hurle « non ». Je témoigne, elle dit non. Bon d’accord enquête sur “Le Vrai Journal” de Karl Zéro aussi, t’as oublié ça ? tout ça pour… tu disais 45 francs ? C’est pas mal quand même, vous avez fait un bel effort. Non, je déconne à peine 2,90€.

(53:33)
Musique : DJ Mehdi – Anything Is Possible

(55:01)
Bernard Lenoir : Christian Fevret, on termine ce programme avec ta recommandation du moment, mais alors vraiment, en 10 secondes

Christian Fevret : DJ Mehdi. Je sais que tu n’aimes pas du tout l’album mais je pense, tout simplement, c’est que tu l’as mal écouté

Bernard Lenoir : Ouais, quel salopard, je n’ai jamais dit ça. J’ai dit qu’il y a certains morceaux qui étaient absolument magnifiques mais d’autres qui m’emballaient un peu moins. Voilà pour tout savoir. Merci Christian

Christian Fevret : Merci Lenoir.

Bernard Lenoir : Le rendez-vous avec les Inrocks, vous avez changé le jour de sortie, c’est le mercredi maintenant ?

Christian Fevret : Voilà, tous les mercredis maintenant, mais le mardi pour les abonnés

Bernard Lenoir : Tu as oublié le principal, bravo !

les titres en vidéo

Provided to YouTube by Universal Music Group

The State We're In · The Chemical Brothers

Come With Us

℗ 2002 Virgin Records Limited

Released on: 2002-01-01

Producer: The Chemical Brothers
Composer Lyricist, Associated Performer, Performer: Tom Rowlands
Performer, Associated Performer, Composer Lyricist: Ed Simons
Vocals, Associated Performer: Beth Orton
Engineer, Studio Personnel: Steve "Dub" Jones

Auto-generated by YouTube.

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