Mardi 21 Février 1995 : Bernard Lenoir, Black Session 67 Weeser / Radiohead

  Sessions

La playlist de l'émission

AuteurTitre
1WeezerBuddy Holly (Black Session 67, 21/02/1995)
2WeezerNo One Else (Black Session 67, 21/02/1995)
3WeezerThe World Has Turned And Left Me Here (Black Session 67, 21/02/1995)
4WeezerSay It Ain't So (Black Session 67, 21/02/1995)
5WeezerUndone - The Sweater Song (Black Session 67, 21/02/1995)
6WeezerSurf Wax America (Black Session 67, 21/02/1995)
7ElasticaWaking Up
8WeenBuenas Tardes Amigo
9PJ HarveySend His Love To Me
10RadioheadThe Bends (Black Session 67, 21/02/1995)
11RadioheadJust (Black Session 67, 21/02/1995)
12RadioheadAnyone Can Play Guitar (Black Session 67, 21/02/1995)
13RadioheadBones (Black Session 67, 21/02/1995)
14RadioheadHigh And Dry (Black Session 67, 21/02/1995)
15RadioheadFake Plastic Trees (Black Session 67, 21/02/1995)
16RadioheadStreet Spirit (Fade Out) (Black Session 67, 21/02/1995)
17RadioheadYou (Black Session 67, 21/02/1995)
18RadioheadPlanet Telex (Black Session 67, 21/02/1995)
19RadioheadUnion City Blue (Blondie cover) (Black Session 67, 21/02/1995)
20RadioheadCreep (Black Session 67, 21/02/1995)
21RadioheadMy Iron Lung (Black Session 67, 21/02/1995)


Quelques références du soir

Toutes les références ne sont pas renseignées, souvent par manque de temps. Il s'agit principalement des disques-supports passés dans l'émission : single, album, compilation ... Libre à vous de compléter dans les commentaires !

Album / SingleLabelAnnée
1WeezerGeffen Records1994
2WeezerGeffen Records1994
3WeezerGeffen Records1994
4WeezerGeffen Records1994
5WeezerGeffen Records1994
6WeezerGeffen Records1994
7ElasticaGeffen Records1995
8Chocolate And CheeseFlying Nun Records1994
9To Bring You My LoveUniversal1995
10The BendsParlophone1995
11The BendsParlophone1995
12Pablo HoneyParlophone1993
13The BendsParlophone1995
14The BendsParlophone1995
15The BendsParlophone1995
16The BendsParlophone1995
17Pablo HoneyParlophone1993
18The BendsParlophone1995
19Radiohead.....Before ComputersAnalogue Records1999
20Pablo HoneyParlophone1993
21The BendsParlophone1995


Écoutez Bernard Lenoir le 21 février 1995


Le 21 février 1995, Bernard Lenoir propose un événement exceptionnel : une double « Black Session ». Dans le mythique Studio 105 de la Maison de la Radio, deux groupes qui allaient définir le son des années 90 se succèdent sur scène : les Américains de Weezer et les Britanniques de Radiohead. C’est une soirée où le temps semble s’arrêter, capturant l’essence d’une époque charnière où le grunge s’effaçait au profit de nouvelles formes de rock alternatif, portées par une écriture plus introspective ou, au contraire, plus ironique et mélodique. Ce 21 février, Lenoir annonce la couleur : une soirée marathon, une collision entre la fraîcheur californienne de Weezer et la mélancolie grandissante d’un Radiohead en pleine mutation.

Weezer : la fraîcheur du “Blue Album”

La première partie de soirée appartient à Weezer. Le groupe mené par Rivers Cuomo débarque à Paris nimbé d’une aura de « nerds » géniaux. Leur premier album éponyme (le fameux Blue Album), produit par Ric Ocasek, vient de sortir quelques mois plus tôt et cartonne grâce aux clips de Spike Jonze.
Dès les premières notes de “Buddy Holly”, le Studio 105 est électrisé. Ce qui frappe, c’est ce contraste saisissant entre des guitares lourdes, presque héritées du heavy metal, et des mélodies pop d’une pureté absolue, rappelant les Beach Boys. Weezer joue fort, très fort, mais avec une précision chirurgicale. Rivers Cuomo, derrière ses lunettes à monture épaisse, chante avec une sincérité désarmante.
Le groupe enchaîne les tubes en devenir : “Undone – The Sweater Song”, avec sa montée en puissance hypnotique, et le mélancolique “Say It Ain’t So”, qui explore les fêlures familiales de Cuomo. Sur scène, l’énergie est brute. C’est du “Power Pop” à l’état pur. Weezer n’est pas là pour faire de la figuration ; ils prouvent que l’on peut être sensible et porter des chemises boutonnées tout en faisant hurler des amplis Marshall. Cette Black Session capture Weezer à son apogée créative initiale, avant que le succès et les doutes ne transforment le groupe.

Radiohead : la mutation vers les sommets

Puis l’atmosphère change radicalement. Bernard Lenoir reprend le micro pour introduire Radiohead. C’est leur deuxième Black Session (la première datait de 1993, à l’époque de Pablo Honey). En ce début d’année 1995, le groupe est à un tournant crucial. Ils sont sur le point de sortir The Bends (prévu pour mars), l’album qui va les faire passer du statut de “groupe à un hit” (Creep) à celui de géants du rock mondial.
Thom Yorke entre sur scène, la mine sombre, les cheveux courts. On sent d’emblée une tension différente. Si Weezer était dans la célébration mélodique, Radiohead est dans l’exorcisme. Ils ouvrent avec “The Bends”, un morceau nerveux, haché, qui montre l’évolution technique de Jonny Greenwood à la guitare. Suivent “Just”, “Anyone Can Play Guitar” et “Bones”, coupé par les infos de 22h.

Les infos de 22h : une France en tension

À 22h, la musique s’interrompt pour laisser place au journal. L’actualité de ce mois de février 1995 est particulièrement dense et pesante. La France est en pleine campagne pour l’élection présidentielle qui aura lieu en mai.
Les titres du journal évoquent principalement l’affaire Maréchal-Schuller, un scandale d’écoutes téléphoniques illégales et de corruption qui ébranle le camp d’Édouard Balladur, alors Premier ministre et candidat à l’Élysée. Le climat politique est électrique : Balladur, longtemps favori, voit sa courbe de popularité chuter au profit de Jacques Chirac, tandis que Lionel Jospin tente de rassembler une gauche orpheline de François Mitterrand.
On évoque aussi le procès de Pierre Botton et, sur une note plus légère mais tout aussi historique, on célèbre les 120 ans de Jeanne Calment à Arles, doyenne de l’humanité dont la longévité fascine le monde entier. Ces flashs d’actualité, ancrés dans une réalité politique et sociale complexe, créent un contraste saisissant avec l’effervescence artistique qui règne au Studio 105.

Le retour à la Black Session

Puis vient le choc émotionnel : “High and Dry” (déjà commencé quand Lenoir reprend l’antenne) et surtout “Fake Plastic Trees”. Dans l’intimité du Studio 105, la voix de Thom Yorke est d’une fragilité bouleversante. Elle s’élève, s’étire, se brise. Le public est pétrifié. On comprend ce soir-là que Radiohead a laissé derrière lui les scories du grunge basique pour inventer un rock lyrique, spatial et profondément humain.
Le clou du spectacle est sans doute l’interprétation de “Street Spirit (Fade Out)”. La chanson, d’une noirceur absolue, clôture la session dans un silence religieux. Bernard Lenoir, admiratif, souligne la progression fulgurante du quintet d’Abingdon. Pour les auditeurs, c’est une révélation : Radiohead vient de livrer les clés de son futur chef-d’œuvre.

Une soirée pour l’histoire

Lorsque l’émission se termine (mais pas la black session qui se poursuit), Bernard Lenoir vient d’offrir à son public une photographie parfaite du rock de 1995. D’un côté, Weezer, l’incarnation de la pop intelligente et énergique ; de l’autre, Radiohead, les nouveaux maîtres de l’introspection sonique. Cette émission du 21 février 1995 demeure un document historique précieux. Elle rappelle l’époque où la radio était le cœur battant de la culture rock, un espace de liberté et de découverte où, entre deux flashs d’infos sur des scandales politiques, on pouvait assister à la naissance de légendes. Bernard Lenoir, l’« Ambassadeur », avait une fois de plus rempli sa mission : connecter le public français à l’avant-garde mondiale, avec élégance et exigence.

Les titres en vidéo

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