La playlist de l'émission
| Auteur | Titre | |
|---|---|---|
| 1 | Whipping Boy | Blinded |
| 2 | Cast | Promised Land |
| 3 | Pulp | Mis-Shapes |
| 4 | The Smashing Pumpkins | An Ode To No One |
| 5 | Rocket From The Crypt | Guilt Free |
| 6 | Ash | Angel Interceptor |
| 7 | Menswear | Sleeping In |
Quelques références du soir
Toutes les références ne sont pas renseignées, souvent par manque de temps. Il s'agit principalement des disques-supports passés dans l'émission : single, album, compilation ... Libre à vous de compléter dans les commentaires !
| Album / Single | Label | Année | |
|---|---|---|---|
| 1 | Heartworm | Columbia | 1995 |
| 2 | All Change | Polydor | 1995 |
| 3 | Mis-Shapes & Sorted For E's & Wizz EP | Island Records | 1995 |
| 4 | Mellon Collie And The Infinite Sadness | Virgin | 1995 |
| 5 | Hot Charity | Elemental Records | 1995 |
| 6 | Angel Interceptor EP | Infectious Records | 1995 |
| 7 | Sleeping In EP | Laurel | 1995 |
Écoutez Bernard Lenoir le 19 octobre 1995
Avec Emmanuel Tellier pour présenter le n°28 des Inrockuptibles, et notamment les 18 pages sur Tintin et Hergé.
Déroulé de l’émission
[03:40]
Bernard Lenoir : Retour en Grande-Bretagne après ce petit détour par Amsterdam hier au soir avec les Nits. Black Session d’exception que tu as ratée, Emmanuel Tellier, je sais pas où tu étais encore en train de courir hier au soir ?
Emmanuel Tellier : Non, j’étais au journal tard…
Bernard Lenoir : T’étais en train de travailler ?
Emmanuel Tellier : Ouais
Bernard Lenoir : Ils travaillent trop, ces… ces garçons des Inrockuptibles. Black Session formidable qui s’est terminée par une standing ovation qui a obligé le groupe à revenir trois fois de suite sur scène.
Emmanuel Tellier : Mais c’est un groupe formidable de toute façon, sous-estimé depuis des années. Je me demande quand on leur rendra justice, peut-être avec cette compile quand même.
Bernard Lenoir : Sous-estimé peut-être en France, mais j’ai l’impression que ça marche quand même pas mal pour eux en Allemagne, dans tous les pays scandinaves, en Angleterre aussi un peu…
Emmanuel Tellier : Ouais, en Angleterre pas beaucoup.
Bernard Lenoir : Ouais, moyen quand même…
Emmanuel Tellier : (riant) Encore un cas de… de racisme anglais.
Bernard Lenoir : Mais je peux dire qu’il y a un fan club en France hein, ils étaient tous là hier et donc on a eu droit non pas à un, je pensais qu’il n’y aurait qu’un seul… un seul rappel, on a eu droit à Adieu Sweet Bahnhof qu’ils n’ont pas fait pendant la session, Nescio, J.O.S.Days.… On passera pas tout ça ce soir parce que ce soir, bande de bachibouzouks, on va vous parler de… de Hergé et de Tintin avec Tellier. Parce que, je sais pas, vous avez profité de la soirée Arte ?
Emmanuel Tellier : Ouais, qui est…
Bernard Lenoir : C’est quand ? C’est bientôt là ?
Emmanuel Tellier : C’est dimanche.
Bernard Lenoir : Dimanche ?
Emmanuel Tellier : qui est une soirée formidable qu’il faut absolument regarder, qui est un peu quand même la face « ligne claire » de Tintin et de Hergé. Forcément, à la télé, on ne peut pas creuser aussi facilement que dans un journal. Nous on a été fouiller un petit peu plus loin, c’est la face moins « ligne claire », c’est des lignes un peu plus sombres, un peu plus compliquées de l’œuvre de Hergé dans les Inrockuptibles.
Bernard Lenoir : Donc on va parler de ce numéro des Inrocks qui est sorti mercredi. Et pour le… les rappels des Nits, n’ayez crainte, ça tombe à pic pour le programme cool de demain vendredi en compagnie d’Assayas. Bientôt en tournée dans le cadre du Festival Fnac Inrockuptibles : Cast.
Emmanuel Tellier : Qui ça ? Assayas ?
Bernard Lenoir : Oui, on pourrait le mettre en première partie de Cast.
(Musique : Cast – Promised Land)
[09:43]
Bernard Lenoir : La musique de Liverpool avec Cast, le premier album « All Change ». Cast donc en tournée bientôt dans le cadre du Festival des Inrockuptibles : 2 novembre à Rennes, le 3 à Paris, le 4 à Lyon, le 5 à Marseille, le 6 à Toulouse et le 8 à Lille. Cet album était en repérage la semaine dernière. J’ai posé une question, on va voir si tu es bon Tellier : j’avais demandé quel rapport il y avait entre Cast et Skunk Anansie ?
Emmanuel Tellier : Euh… les deux chanteurs s’appellent Gérard ?
Bernard Lenoir : Oui, à peu près, ça doit être ça. Non, il y a le… bah Skin, la chanteuse de Skunk Anansie, et c’est aussi le surnom du guitariste de Cast qui s’appelle Liam Tyson, mais que tout le monde appelle Skin.
Emmanuel Tellier : Ils n’ont pas la même tête.
Bernard Lenoir : Ils n’ont pas vraiment la même tête, mais enfin bon. Question peut-être un peu difficile, mais on a eu quand même pas mal de bonnes réponses. Donc un disque de Cast pour Eric Martin, Patrick Bennett, Irène Furstos, Pierre Terdiman, Barbara Balestrini, Frédéric Garbe, Adeline Passart, Alex Martinez, Ilizi… merci… Soulier Driot, Olivier Chonens, Nadine Barbelion, Thomas Laurent, Claire Mahieu, Cécile Bocher, David Rainand. Cast aussi pour Patrick Massona, Herri Venzopfen, Véronique Pellet, Fabrice Brunner et Lionel Erwan. Et puis… la même question servait à gagner des places, tu sais qu’on fait gagner des places tous les soirs pour toutes les villes où passe le festival. Donc les deux Skin vous ont fait gagner des places pour Lille. Ce soir, on va vous faire gagner des places pour Marseille, parce que Cast est programmé là-bas le 5 novembre. Dix places à gagner pour le 5 et aussi la veille le 4. Programme du 4 pour le festival : Black Grape, Salad et McAlmont. Justement, tiens, une question pour… pour gagner ces places au sujet de David McAlmont. Trouvez-moi le nom du groupe dans lequel il était avant de travailler avec Bernard Butler. D’ailleurs c’est fini, on va le voir tout seul je pense au Festival des Inrocks ?
Emmanuel Tellier : J’attends une confirmation pour demain matin, donc là c’est la question piège. Ils ne sont plus ensemble depuis deux semaines et on espère que McAlmont sera quand même en France.
Bernard Lenoir : Ouais, David qui est resté assez évasif sur la façon dont ils s’étaient séparés et engueulés je crois, mais enfin bon…
Emmanuel Tellier : Bah pas très évasif en fait. Apparemment, il y a eu un peu des problèmes vis-à-vis de son homosexualité que Bernard Butler avait de plus en plus de mal à supporter.
Bernard Lenoir : Hum, d’accord. Donc voilà, si vous avez une idée du… du groupe dans lequel était David McAlmont avant de travailler avec Butler : 45 24 7000. Et à la clé, des places pour le Théâtre du Moulin, Festival des Inrocks, le 4 novembre et aussi le 5.
(Musique : Pulp – Mis-Shapes)
[15:57]
Bernard Lenoir : Mis-shapes, nouveau single, enfin nouveau single, ça a quelques semaines, puisque l’album de Pulp arrive bientôt. Il sera en repérage dès lundi prochain, « Different Class ». Pulp qu’on va retrouver avec Cast justement dans la deuxième partie de leur tournée. Ils vont commencer par tourner avec Menswear : le 21 novembre, ils seront à Toulouse, le 23 à Bordeaux, le 24 à Montpellier, le 25 à Marseille, le 27 à Lyon, le 28 Menswear et Pulp à Dijon, le 29 à Strasbourg, le 30 à Reims. Et après, on change de première partie pour le reste de la tournée : ce sera Cast avec le 1er décembre Rouen, le 4 Nantes, le 5 Paris Bataclan et le 6 à Lille à l’Aéronef. Tellier, tu me disais pendant qu’on écoutait Pulp que tu avais vu… Cast il y a pas longtemps sur scène là, c’est ça ?
Emmanuel Tellier : Je les ai vus à Londres au Marquee en fait il y a… c’était le 7 septembre, donc il y a déjà assez longtemps. C’était très impressionnant, très professionnel. Peut-être un peu trop ? Ouais.
Bernard Lenoir : Par rapport à l’album ?
Emmanuel Tellier : Oui, je viens de lire dans la presse anglaise des chroniques où on leur reproche justement ce professionnalisme, d’être un peu trop carrés, d’avoir peut-être un peu trop répété. Je ne suis pas exactement d’accord. Je ne sais pas si on peut reprocher à un groupe de… d’être très présentable sur scène. C’est vrai que tous les chœurs sont parfaitement alignés, les guitares parfaitement jouées. Bon, il n’y a pas ce côté un peu heurté, tranché qu’avaient les La’s, c’est… voilà, c’est plus proche peut-être de groupes comme les Trashcan Sinatras, donc très propre.
Bernard Lenoir : Tu as eu l’occasion de discuter avec Power un peu, lui demander pourquoi il avait attendu 5 ans pour nous donner ce petit bijou là ?
Emmanuel Tellier : Bah en fait ce qui s’est passé, pendant longtemps il a cru que… que les La’s allaient continuer. Mavers chaque semaine lui disait « J’ai des nouvelles chansons, sois patient, ça va venir ». Et puis en fait, c’était toujours les mêmes trois ou quatre chansons jouées interminablement aux répétitions. Ensuite il s’est un petit peu désespéré, il a cru ne plus pouvoir remonter de groupe. Il a commencé par jouer dans des petits festivals mais tout seul, guitare acoustique à la Dylan dans des parcs de Liverpool. Et c’est comme ça en fait que les musiciens sont venus vers lui. Ce n’est pas du tout lui qui a voulu recruter un groupe, c’est d’abord le batteur et ensuite le deuxième guitariste qui sont venus le voir en disant « Je trouve tes chansons formidables, je veux jouer avec toi ». Et ensuite, ils ont recruté le bassiste qui était chez Shack. Et les voilà maintenant sur la route. Mais ça explique que ces 5 années soient passées si vite. Il n’y a pas eu réellement de… de paresse de son côté comme il y en a eu chez les Stone Roses. Il y a eu simplement une grosse désillusion en perdant Mavers et l’impression qu’il ne pourrait plus jamais rien faire.
Bernard Lenoir : Il en parle de ce jardin de Liverpool où il écrit ses chansons ?
Emmanuel Tellier : Oui oui.
Bernard Lenoir : Dans le numéro… le volume 14 hein ? C’est ça ? C’est un endroit qui a compté pour lui.
Emmanuel Tellier : où il promène ses chiens.
Bernard Lenoir : Donc Cast, Festival des Inrocks et puis un peu plus tard en première partie de Pulp. N’oubliez pas non plus la Black Session de Pulp le 30. D’ailleurs qui pourrait oublier la Black Session de Pulp ? Et puis l’album en repérage dès la semaine prochaine. Vous pourrez également découvrir des titres… des titres que je ne passerai pas de cet album « Different Class » sur le… le standard que les… les petits copains de Libé mettent un numéro à disposition : 36 68 00 04. 36 68 00 04 je crois, à partir de… de ce week-end. Et puis ils ont fait la même chose pour les Smashing Pumpkins. On a eu la possibilité d’écouter des titres comme ça, pour le… ça c’est pour les vraiment impatients. C’est un peu plus cher qu’ici, ça c’est vrai.
(Musique : The Samshing Pumpkins – An Ode To No One)
[23:39]
Bernard Lenoir : Mais Tellier, ne fais pas cette grimace !
Emmanuel Tellier : Papa, si tu m’écoutes, je ne suis pour rien dans le choix de ce disque. Je n’y suis pour rien.
Bernard Lenoir :Ah non, moi je revendique absolument. Pourtant, la musique que j’aime, c’est quand même plutôt celle de Pallace ou…
Emmanuel Tellier : Oui oui, on a les mêmes goûts habituellement, mais là les Smashing… je ne comprends pas.
Bernard Lenoir : J’ai toujours eu un faible pour ce groupe depuis le début, depuis Gish.
Emmanuel Tellier : Il a le mérite d’être intrigant, on ne peut pas lui retirer ça, mais…
Bernard Lenoir : Non, mais il y a quelque chose, il y a quelque chose. Il y a une fêlure, une noirceur totale, tout ce qu’on aime, mon vieux. Il ne faut pas s’arrêter aux… comme ça, aux démonstrations guitareuses.
Emmanuel Tellier : Et la technique ? Vraiment pas manchot le batteur.
Bernard Lenoir : Ah non non, vraiment bien. Smashing Pumpkins, nouvel album avec extrait de cet album, un titre qui élégamment s’appelle « Fuck You », mon vieux.
Emmanuel Tellier : Ah bon ? Bah j’y vais hein. Salut, il y a un match à la télé.
Bernard Lenoir : Ça t’apprendra à ne pas aimer les Smashing Pumpkins. Alors tu sais que pour le lancement de cet album, ils font un concert à Chicago mardi prochain.
Emmanuel Tellier : Eh si je le sais ! Non, parce que j’étais en Californie la semaine dernière à écouter K-Rock, la grosse radio rock locale. Et ils faisaient gagner pas moins de 200 places à leurs auditeurs. J’ai trouvé le chiffre très impressionnant. Et en fait, ils invitaient des gens comme ça, des auditeurs des grosses radios rock américaines de tout le pays, en Californie, tous frais payés. J’ai trouvé ça formidable.
Bernard Lenoir : Bon, pour nous ça fait un peu loin d’inviter tous les Inrockuptibles qui nous écoutent tous les soirs sur Inter entre 9 et 10. Mais par contre, on va leur proposer le concert dès le lendemain mon vieux. On va l’enregistrer dans la nuit parce qu’avec le décalage horaire, on aura… on aura un faisceau qui va nous balancer le Smashing Pumpkins dans la nuit, le temps de monter tout ça au format de… d’une petite heure. Et le mercredi prochain dans le poste, ce concert des Smashing.
Emmanuel Tellier : Je crois que j’avais jamais réalisé à quel point ce groupe était énorme aux États-Unis.
Bernard Lenoir : Ah oui oui, non mais ici personne connaît.
Emmanuel Tellier : Non non, ici on…
Bernard Lenoir : mais là-bas c’est… et d’ailleurs il fait un peu la gueule, Corgan.
Emmanuel Tellier : Ah bon ?
Bernard Lenoir : Parce qu’il… il traîne des pieds pour venir en France, parce qu’il ne comprend pas…
Emmanuel Tellier : Mais là-bas c’est une star.
Bernard Lenoir : Bah oui, partout c’est les stades et tout le monde connaît les paroles par cœur de… de toutes les chansons des Smashing et ici, rien du tout. Donc repérage jusqu’à demain encore, et demain je vous poserai une question, l’éternelle question du vendredi pour vous faire gagner cet album. Il y a eu un petit message qui est tombé en même temps que nos réponses pour… pour Marseille, Festival des Inrocks : « Est-ce que l’album des Smashing Pumpkins est vraiment bien ? Car les Inrocks », vous, vous là,
Emmanuel Tellier : oui oui… comme s’il y avait un monsieur Inrocks. Il y a plein d’avis différents aux Inrocks.
Bernard Lenoir : Que tu représentes ici ce soir. Tellier, la critique est mauvaise dans ton canard. « Lenoir, visiblement tu en penses du bien. ». Bah je sais pas, vous êtes… vous êtes partagés là-bas ?
Emmanuel Tellier : Je sais que Beauvallet aime bien ça., Fevret plutôt pas. Moi plutôt.
Bernard Lenoir : Et puis il n’y a pas que de… il n’y a pas que ce qu’on vient d’entendre, il y a des chansons très très lentes, avec des mélodies magnifiques.
Emmanuel Tellier : Voilà, l’autre… l’autre côté des Smashing Pumpkins, c’est ça qui en fait un groupe intrigant, de la même manière que Red Hot Chili Peppers d’ailleurs qu’on avait… qu’on a glissé dans ce numéro.
Bernard Lenoir : Dans le numéro sorti mercredi.
Emmanuel Tellier : Des groupes dont on ne peut pas se contenter comme ça de dire de manière irascible qu’ils sont nuls quoi.
Bernard Lenoir : Bon, justement, revenons à cette question que j’ai posée tout à l’heure pour vous faire gagner des places pour Marseille. Je demandais à quel groupe avait appartenu, non pas Butler, parce que ça c’est trop simple, c’est Suede, tout le monde le sait, mais son acolyte David McAlmont. Voilà, c’est ça la réponse qu’il faut me donner sur le 45 24 7000.
Emmanuel Tellier : C’est Suede ? (rires)
(Musique : Rocket From The Crypt – Guilt Free)
[30:15]
Bernard Lenoir : Guilt Free, Rocket From The Crypt. Excellent disque pour ceux qui aiment alors là carrément ce genre de… de musique.
Emmanuel Tellier : Je trouve ça mieux que Smashing Pumpkins.
Bernard Lenoir : Tapapoum. Ah oui, là c’est plus… c’est plus radical, ils ne tournent pas autour du pot, c’est droit au but. Est-ce que tu as encore des albums de Tintin chez toi Tellier ?
Emmanuel Tellier : Oh j’ai… j’ai tous les albums de Tintin.
Bernard Lenoir : Tous ?
Emmanuel Tellier : J’ai pas les vieux. Bah oui, c’est des choses que j’avais de mon enfance. C’était il y a bien longtemps.
Bernard Lenoir : Donc tu étais un fan de… de Hergé toi aussi.
Emmanuel Tellier : Mais Beauvallet et moi, on en parlait très fréquemment. C’était un rêve qu’on avait depuis longtemps.
Bernard Lenoir : Donc quand vous avez décidé de faire quand même 18 pages sur Hergé aux Inrocks, vous vous êtes disputés à qui allait faire quoi ?
Emmanuel Tellier : Pas vraiment, parce qu’en fait on s’est partagé le gâteau à deux, donc ça a été assez simple. Il y a une grosse partie de ces 18 pages qui est de toute façon la réédition, la publication pour la première fois dans la presse de la toute dernière interview qu’Hergé avait donnée en 82, soit assez peu de temps avant sa mort.Donc ça c’est une grosse partie. Il y a ensuite une autre partie qui est un entretien que Jean-Daniel Beauvallet a réalisé de Benoît Peeters qui est un peu le… le grand connaisseur belge de la question, qui est un type assez jeune, qui a 40 ans, qui est romancier et qui vit pour Tintin et Hergé depuis toujours. Et puis moi-même, je suis allé à Bruxelles au départ un peu naïvement pour sentir l’air, pour voir si Hergé avait laissé des traces. Je pensais trouver finalement assez peu de choses, peut-être une plaque sur une rue, je voulais parler comme ça aux gens…
Bernard Lenoir : Tu as trouvé des millions de dollars ?
Emmanuel Tellier : Non, mais j’ai réalisé qu’il y avait une mémoire collective immense, qu’il y avait des tas de choses à… à découvrir, qu’il fallait un petit peu fouiller, quitte à ne pas seulement découvrir de jolies choses puisqu’il y a un héritage qui… qui se partage, pas toujours dans la douceur en Belgique entre…
Bernard Lenoir : Ouais, là aussi vous êtes assez évasifs là-dessus, mais on sent qu’il y a un gros paquet de blé là-dessous et que… bon, c’est peut-être pas géré comme les… les purs et les durs aimeraient que ce soit.
Emmanuel Tellier : En fait Hergé n’est… n’est mort finalement qu’il y a seulement 13 ans, donc il y a encore un paquet de nœuds à démêler, il y a des tas de choses pas jolies. Il y a en particulier quelqu’un que j’ai retrouvé, qui n’avait jamais parlé à la presse, qui est le neveu d’Hergé, qui n’a rien eu lui, à qui Hergé avait fait une promesse : il voulait qu’il s’occupe de son œuvre et tout ça. Et qui a été poussé d’un revers de la main par la veuve d’Hergé et ensuite par le deuxième mari de celle-ci, qui est un Anglais, qui lui est carrément en train de piquer dans la caisse quoi. Tout le monde le sait, mais tout le monde ferme sa gueule.
Bernard Lenoir : Enfin c’est… sa parole contre la leur, puisqu’il n’a pas laissé de papier.
Emmanuel Tellier : Oui oui, tout à fait, mais lui au moins il a le droit du sang. Hergé en fait a laissé, comme l’explique Benoît Peeters, un beau bazar à sa mort. C’est-à-dire qu’il n’a pas du tout donné de consigne pour son héritage. Ça explique que tout le monde maintenant soit en train de se chamailler. Ça explique surtout que des tas de planches originales qui devraient être conservées en Belgique soient en train d’être mises dans des comptes en Suisse, ce qui est, bon… ce qui n’est pas très agréable pour les Belges.
Bernard Lenoir : Alors est-ce que tu crois que tous les petits Inrocks qui ont… qui ont lu Tintin, qui ont des albums chez eux, ont découvert le… le personnage là, Hergé ? Parce que finalement, il était assez secret comme bonhomme.
Emmanuel Tellier : Bah en fait, même nous-mêmes en faisant le sujet, on a découvert qu’il y avait des tas de choses, des tas d’aspects pas très ligne claire donc dans l’œuvre d’Hergé et dans sa personnalité.
Bernard Lenoir : Pourtant il l’a revendiquée pourtant, sa ligne claire.
Emmanuel Tellier : Oui oui, mais c’était un personnage un peu double. Bon, on connaît les accusations un peu fascisantes de la guerre, bon il y a plein d’explications là-dessus. Ce qu’on connaît moins, c’est qu’il a eu énormément de problèmes conjugaux, qu’il a eu besoin d’aller se réfugier dans des artifices un peu simplistes comme le taoïsme à un moment, comme des espèces de retraites spirituelles en Belgique mais aussi au bord du lac Léman. Il y a des tas d’aspects qu’on ne connaissait pas.
Bernard Lenoir : J’adorais le… le coup justement parce qu’il faisait des fugues hein.
Emmanuel Tellier : Ah oui oui.
Bernard Lenoir : Dans ses grandes crises de dépression, il disparaissait.
Emmanuel Tellier : Il jouait au mauvais garçon, il allait faire du trafic de cigarettes en Suisse.
Bernard Lenoir : On apprend voilà, il disparaissait soit en Suisse, soit il allait carrément faire du trafic… enfin, accompagner des trafiquants de cigarettes parce que ça l’amusait de traverser le lac Léman avec des… des tonnes de cigarettes en contrebande. Et puis aussi, alors c’est beaucoup plus drôle, c’est le… il était chez un… chez un prêtre dans une abbaye en Belgique, un moine passionné des Sioux qui avait complètement oublié son… son catholicisme…
Emmanuel Tellier : Et qui pourtant… le moine n’était pourtant jamais allé en Amérique, n’avait jamais mis les pieds en Amérique.
Bernard Lenoir : « Une abbaye de Belgique où il rencontrait un moine passionné des Sioux donc, qui s’est fait adopter par une tribu et se considérait comme un descendant des Sioux. Il était devenu père adoptif de plusieurs gamins là-bas qui sont même venus le voir. Avec Hergé, ils passaient des jours entiers à fumer le calumet de la paix en discutant des Indiens. Hergé a d’ailleurs voulu faire une histoire entière de Tintin sur les Indiens. Ce moine était un personnage hallucinant, un extraterrestre. Il vivait dans cette abbaye depuis 60 ans et avait totalement perdu sa foi catholique. Il était à fond dans la spiritualité indienne, il s’était aménagé une retraite indianiste dans le sommet d’une tour où il vivait parmi ses arcs, ses flèches, les herbes qu’on lui envoyait d’Amérique, ses calumets de la paix. Parfois ils allaient dormir en forêt. Hergé a toujours aimé ce genre de personnages paradoxaux. »
Emmanuel Tellier : Mais c’est fascinant, il y a des tas d’aspects comme ça à découvrir. La vie d’Hergé était beaucoup plus compliquée que les simples traits de ses dessins ne pourraient laisser supposer. Et il y a quand même 18 pages, c’est dire s’il y avait un paquet de choses à dire.
Bernard Lenoir : Et dans votre… plus… plus gravement, dans votre papier on apprend qu’il y a quand même une grosse… une grosse fracture chez lui à la… à la guerre quoi, avec ces… ces histoires qui lui sont tombées sur le… sur le dos à la fin de la guerre.
Emmanuel Tellier : Ah il ne s’en est jamais remis.
Bernard Lenoir : Jamais remis, on lui a prêté des amitiés rexistes, qui l’ont ensuite amené à ne plus travailler pendant un moment. Il a cru que plus personne en Belgique ne voudrait le faire travailler. Et ensuite, quand il y a quand même eu les procès à la libération, lui a été épargné, lui a finalement n’a pas été…
Bernard Lenoir : Tout ça parce qu’il avait… il avait démarré dans un… en faisant des dessins dans un journal de… de droite catho quoi.
Emmanuel Tellier : Oui, et puis parce qu’il avait… il avait été jeune, ami avec l’équivalent belge de notre… gros lard de Jean-Marie Le Pen et… voilà, on lui a reproché ça plus tard alors qu’il a cessé de voir ce type dès qu’il a su que ce type n’était pas très fréquentable.
Bernard Lenoir : Bien.
Emmanuel Tellier : C’est compliqué mais voilà, une vie beaucoup beaucoup beaucoup plus sombre.
Bernard Lenoir : Et tu sais ce qu’on va nous… nous balancer sur… sur Arte dimanche ?
Emmanuel Tellier : Ah oui, sur Arte c’est très bien aussi. Bon bah il y a tout le côté document visuel sur lequel nous on est assez limités. Il y a des tas d’interviews de gens, il y a des tas de documents rares. Il y a surtout toute une analyse aussi, peut-être un peu moins approfondie que sur papier, mais toute une analyse sur les messages de l’œuvre. Il y a des interventions de philosophes, des choses comme ça. C’est très rigolo à regarder, ça dure 6 heures quand même ce dimanche.
Bernard Lenoir : C’est aussi étonnant d’apprendre que… à 40 balais quoi, juste après la guerre, il avait déjà fait la moitié de… la moitié de son boulot quoi. Après il était… c’est vraiment…
Emmanuel Tellier : Ah bah après c’était limite fainéant. Il y a un autre truc… un petit truc rigolo qu’on a fait dans le journal dont je voudrais dire deux mots, c’est avoir demandé, comme on le fait souvent pour des groupes, leur avis à… à des gens. Donc ça va de Léos Carax à Dominique A… et puis il y a Miossec toujours, qui se tape un petit délire, on aurait été surpris qu’il en soit autrement, et qui nous dit quand même qu’il a toujours trouvé Tintin un peu ennuyeux et qu’il aurait préféré le voir entre autres braillant sur l’île noire un soir de pleine lune. Ou ce que j’aime beaucoup, il dit qu’il aurait préféré voir Tintin sur scène avec Dominique A et Silvain Vanot. Et celle-là, une semaine après, je ne m’en suis toujours pas remis, c’est énorme. Voilà.
Emmanuel Tellier : Il dit aussi qu’il baise aussi mal que Tintin. Voilà.
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