Mardi 22 juin 1999 : Bernard Lenoir, Les Inrockuptibles n° 204

  Magazine Inrockuptibles

La playlist de l'émission

AuteurTitre
1OrgyBlue Monday (New Order cover)
2New OrderEverything's Gone Green
3The Chemical BrothersOut Of Control
4KraftwerkTrans-Europe Express
5Death In VegasAisha
6Jean-Louis MuratJim L'Héritier Des Flynn


Quelques références du soir

Toutes les références ne sont pas renseignées, souvent par manque de temps. Il s'agit principalement des disques-supports passés dans l'émission : single, album, compilation ... Libre à vous de compléter dans les commentaires !

Album / SingleLabelAnnée
1CandyassReprise Records1998
2Procession / Everything's Gone Green EPFactory1981
3SurrenderVirgin1999
4Trans Europe ExpressCapitol Records1977
5The Contino SessionsConcrete1999
6MustangoLabels1999


Écoutez Bernard Lenoir le 22 juin 1999


Avec Jean-Daniel Beauvallet pour le nouveau numéro (204) des Inrockuptibles sur New Order

Déroulé de l’émission

(Bruitages de mouettes et de bateaux, musique d’ambiance)
Fin de l’émission Zinzin (Philippe Bertrand, Hervé Pauchon, Sylvie Hazebrouck, 20h10-21h45) avec passage de relais à Bernard Lenoir.

Bernard Lenoir : Petit bateau…

Zinzin : Oh, il a hissé le foc, on l’entend. En référence, donc, conseil de lecture : Yann Queffélec, Toi, l’horizon, au Cercle d’art, avec de superbes moments sur Le Havre entre autres. Ville groggy comme Job auquel on aurait pris la mer. La mer, l’horizon, l’histoire, c’est magnifique. Il y a aussi un très beau livre aux éditions Solar, Les plus beaux paquebots du monde, que l’on doit à Olivier Le Goff. Et puis je vous annonce à Rouen, je crois que c’est du 8 au… j’ai mis quelque part ce petit papier, c’est du 9 au 18 juillet, la plus grande fête maritime du millénaire, ça s’appelle l’Armada du siècle. Il y aura des paquebots à voile, des choses prestigieuses avec de nombreuses rencontres. Et merci à vous deux.

Zinzin : Et merci à tous ceux qui nous ont envoyé des fax et que je n’ai pu citer malheureusement. Nous retrouvons Bernard.

Bernard Lenoir : Oui !

Zinzin : Ça va, tu as fait du bateau ?

Bernard Lenoir : Oui, non, ça m’a rappelé de bons souvenirs votre programme de ce soir.

Zinzin : Parce que ?

Bernard Lenoir : Bah oui, ceux d’un petit garçon qui, à force de voir des bateaux aller et venir dans le port en face duquel il habitait, avait décidé de faire l’École Navale, figurez-vous.

Zinzin : C’était toi ?

Bernard Lenoir : Et oui, c’était moi !

Zinzin : Bah, t’as pas fait l’École Navale ?

Bernard Lenoir : Non, non, le rock’n’roll est passé par là.

Zinzin : Tiens, et au fait, ton port c’était Saint-Tropez, c’est ça ?

Bernard Lenoir : Mais non, c’était Alger, tout bêtement, idiot !

Zinzin : Bien. J’ai pensé à un dicton pour ce soir.

Bernard Lenoir : Vas-y.

Zinzin : Une femme dans chaque port, mais pas un porc dans chaque femme.

Bernard Lenoir : Oh ! Oh, Philippe !

Zinzin : Et là, en plus, c’est sur le temps de Bernard que tu fais ça.

Bernard Lenoir : Si tu voyais la grimace de Michelle Soulier ? Bon allez, les Zinzin, on vous quitte.

Zinzin : Salut !

Bernard Lenoir : Bonne fin de soirée. Ciao !

Zinzin : Bon vent !

[01:21]

Musique : Orgy – Blue Monday

[04:53]

Bernard Lenoir : Une reprise du Blue Monday de New Order signée Orgy. L’occasion de reparler de ce groupe fameux des années 80 et principalement de Barney Sumner, qui était l’invité des Chemical Brothers, dont le nouvel album Surrender sortait aujourd’hui. Et je crois qu’il n’en fallait pas plus aux Inrockuptibles pour sauter sur l’occasion et réunir ces trois lascars qu’on retrouve en couv’ du numéro qui sort demain. Jean-Daniel Beauvallet, bonsoir !

Jean-Daniel Beauvallet : Bonsoir monsieur Lenoir !

Bernard Lenoir : Confortablement installé comme d’habitude dans ton canapé à Brighton ?

Jean-Daniel Beauvallet : Tout à fait !

Bernard Lenoir : C’est pratique ces petits duplex finalement avec un simple téléphone.

Jean-Daniel Beauvallet : Et surtout personne ne peut voir que je bois de l’alcool en te parlant ! C’est ça qui est bien.

Bernard Lenoir : Non, je n’en crois pas un mot ! Tu ne vas pas faire comme nos garçons là, parce que ça parle beaucoup de dope et de substances en tous genres cette interview, il faut bien le reconnaître.

Jean-Daniel Beauvallet : Ah bah oui ! La musique est quand même, cette musique est née en partie de ça. Et c’est vrai que Barney de New Order, qui était connu pour ne pas parler du tout pendant toutes les années 80 et très peu dans les années 90, là se lâche quand même d’un seul coup et il raconte des choses qu’il n’a jamais racontées. C’est assez comique effectivement, la langue de bois est complètement éliminée.

Bernard Lenoir : Qu’on n’évoquera peut-être pas à l’antenne…

Jean-Daniel Beauvallet : Non, peut-être pas !

Bernard Lenoir : On laissera ceux que ça intéresse le lire dans ce numéro des Inrockuptibles. Alors JD, c’était la première fois qu’ils acceptaient de se réunir tous les trois là depuis leur… Est-ce qu’ils ont réellement travaillé ensemble pour ce morceau ?

Jean-Daniel Beauvallet : Ah oui, ça a vraiment été une collaboration. C’est-à-dire que les Chemical Brothers ont envoyé une maquette à Barney Sumner, donc le chanteur de New Order, qui, lui, leur a renvoyé un DAT où il avait mis 65 couches de guitare supplémentaires par rapport à l’original. Et quand il était en studio avec eux, il en a encore rajouté des dizaines et des dizaines. C’est-à-dire qu’il n’arrêtait pas de rajouter des choses sur leur chanson. Donc il s’est vraiment complètement impliqué. Il a passé des nuits avec eux en studio. Eux racontent qu’ils étaient crevés, ils n’avaient qu’une envie c’était d’aller se coucher, et Barney leur disait : « Non, non, non, allez on en fait une dernière prise, on essaie ci, on essaie ça… ». Il était comme un gamin.

Bernard Lenoir : Bon, on écoutera ce fameux morceau qu’on a d’ailleurs déjà entendu dans ce programme à plusieurs reprises tout à l’heure après les informations de 22h, pour la simple raison qu’il fait 8 minutes, donc c’est un peu short pour l’instant. Surtout qu’on va encore dire deux mots de cette réunion au sommet, parce qu’on peut dire quand même que New Order est un peu à l’origine de cette musique, enfin de ce pas du rock vers la dance au tout début des années 80 ?

Jean-Daniel Beauvallet : Oui, des deux côtés de l’Atlantique personne ne le remet en cause. Il y a deux groupes qui sont à peu près fondamentaux, européens en tout cas, c’est New Order et Kraftwerk. Il n’y a pas un DJ de Détroit qui dira le contraire. Beaucoup de gens à New York, à Chicago le reconnaissent. Toute la scène bien sûr de Manchester et toute la scène anglaise en général a toujours revendiqué l’influence de New Order. Des groupes comme Orbital, des groupes comme les Chemical Brothers qui lui renvoient l’ascenseur. Donc effectivement, c’était une occasion rêvée de les faire se rencontrer. Et c’était très difficile hein, c’était trois mois de négociations parce que Barney voulait vraiment rester dans son coin, ne voulait pas du tout se mêler à ça, et puis finalement il a accepté parce que c’était Les Inrocks, ce qui nous a vraiment fait très plaisir.

Bernard Lenoir : Bon, ils s’entendent bien parce qu’on a l’impression que ça a quand même mal démarré en ce qui les concerne ?

Jean-Daniel Beauvallet : Ça a très mal démarré puisque quand les Chemical Brothers étaient étudiants à Manchester, des petits inconnus, des gamins qui allaient étudier, ils faisaient quand même des soirées dans leur maison. Et un soir, « qui se pointe à la porte ? », se gourant d’adresse ou se gourant de date ? Le chanteur de New Order, leur héros ! Et eux, paniquent, le voient complètement défoncé, et pour s’en débarrasser — ils étaient en train de regarder la télé un samedi soir — ils lui ont donné une bouteille de poppers pour qu’il se tire !

Bernard Lenoir : [Rires] Et c’est à l’époque… ? à peu près ?

Jean-Daniel Beauvallet : 1990 je pense ?

Bernard Lenoir : Ouais, 90. Donc on était déjà bien loin du moment où New Order, par hasard presque, a sorti Everything’s Gone Green ?

Jean-Daniel Beauvallet : Ah oui, leur tout premier, où ils ont inventé cette façon de faire du rock électronique vraiment par hasard en se gourant de branchement dans le studio. Ils ont branché un synthétiseur là où ils n’auraient jamais dû le brancher et ça a donné Everything’s Gone Green.

[08:34]

Musique : New Order – Everything’s Gone Green

(13:22)

Bernard Lenoir : New Order en 1981 avec Everything’s Gone Green. Barney qui précise dans le numéro des Inrocks qui sort demain : « C’était notre premier morceau électronique. En traînant en studio, j’ai trouvé un vieux synthétiseur Oberheim sur lequel j’ai branché notre boîte à rythmes. Martin Hannett, notre producteur, a trouvé ça rigolo à relier à l’appareillage, à la table de mixage. Seulement, c’était le charleston de notre batteur Steve Morris qui déclenchait le synthé. C’est donc presque par hasard, au hasard des branchements, que nous sommes devenus un groupe électronique ». La suite après la pub et les infos.

(13:52)

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Voix 1 : Bonsoir, vous êtes deux ?
Voix 2 : Non, on est 32, mais les 30 qui manquent sont en train de garer le bus.
Voix 1 : Ah, dommage, on ne sert plus.
Voix 3 : Mercredi 23 juin, super cagnotte de 30 millions de francs au Loto !
Voix 1 : Non mais parce que 30 dans le bus, bon… mais il fait combien de mètres ce bus ? 12 ? 14 ?
Voix 4 : Mais quel bus ?
Voix 1 : Bah, l’autocar !
Voix 3 : 30 millions de francs au Loto, c’est mercredi 23 juin. Le Loto est un jeu de la Française des Jeux.

Voix 5 : Il vaut mieux prévoir sa retraite en stratège plutôt que de la subir en victime. Comment la préparer ? Comment la financer ? Comment la gérer ? Patrick Le Lelong a su trouver des réponses simples aux questions parfois compliquées qui vous préoccupent. Patrimoine pour bien préparer sa retraite, un guide France Info en vente dans toutes les librairies.

(14:35)

Bernard Lenoir : Vous écoutez France Inter, il est 10h. Les titres du journal de 22h30. Jacqueline Pétroz, bonsoir !

Jacqueline Pétroz : Bonsoir ! Grande première en France : quatre grands fabricants de tabac, dont la SEITA, assignés en justice. La caisse primaire d’assurance maladie de Saint-Nazaire les rend responsables du développement de certains cancers et réclame 50 millions de francs de dommages et intérêts. Une action en justice contestée par la SEITA pour qui ce procès ne repose sur aucun fondement juridique sérieux.
La France s’apprête à lever son interdiction de vente de Coca-Cola. Les résultats des analyses se sont révélés négatives. On ignore toujours les raisons de certaines intoxications dont se sont plaints des consommateurs. En Belgique en revanche, les autorités ont découvert d’où provenait la contamination de poulets par de la dioxine. Une entreprise a vendu des huiles de friture mélangées à des huiles de vidange à la société Verkaest, qui elle, ensuite, fabriquait des graisses animales. Les dirigeants de cette société Verkaest, incarcérés depuis le début de l’affaire, ont été aujourd’hui remis en liberté.
Le ministre de la Défense Alain Richard sera demain à Mitrovica où il visitera le dispositif français déployé dans ce secteur Nord du Kosovo. Quant au ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, il se rendra à Pristina en compagnie de ses homologues italien, britannique et allemand. Ce soir, Bill Clinton est sur la base aérienne de l’OTAN à Aviano en Italie avant de repartir pour les États-Unis après une journée en Macédoine. Le président américain s’est rendu dans le camp de Stenkovec. Bill Clinton a demandé aux réfugiés de laisser le temps à la KFOR de déminer avant de rentrer chez eux.
Après leur bon score aux Européennes, les Verts attendaient une réaction du Premier ministre en leur faveur. Mais Lionel Jospin a aujourd’hui déclaré qu’il n’y aurait pas de « nouvelle donne » à gauche.
Basket : la France en Euro 2000 affronte Israël. Nous rejoignons tout de suite à Toulouse Pascal Pierozzi.

Pascal Pierozzi : Il reste quatre minutes à jouer et l’équipe de France mène de cinq points : 62 à 57. Elle n’est pas encore à l’abri d’un faux pas face à cette équipe israélienne. Pourtant tout à l’heure, on a assisté à un très bon passage de l’équipe de France qui a infligé un 13-0 à la formation israélienne. On a cru que c’était bon pour cette équipe de France, qu’elle partait facilement vers une deuxième victoire, mais l’équipe israélienne tient toujours bon. Un trois points de Rigaudeau : 65 maintenant à 57. Huit points d’avance à trois minutes de la fin. Toulouse, Pascal Pierozzi, France Inter.

Jacqueline Pétroz : Merci Pascal. Résultat bien sûr d’ici une demi-heure.
Tennis : tournoi de Wimbledon. Élimination surprise de Martina Hingis par la jeune Australienne Jelena Dokic, âgée de 16 ans. Pour les Françaises, qualification de Mary Pierce et de Nathalie Dechy. Chez les hommes, Agassi, Kafelnikov, Becker, Kuerten et Ivanisevic se sont qualifiés.
Tous ces titres seront développés dans le journal de 22h30 présenté par Denis Lemarignier.
La suite des résultats des courses en nocturne à Vincennes. Deuxième course : 1er le 12, Ashley de la Rive, 10,70 et 3 francs. 2e le 2, Héraclie, 1,80. 3e le 8, Hello Star, 1,60. Troisième course : 1er le 10, Gaieté de Lune, 3,60 et 1,60. 2e le 12, Grâce de Béa, 2 francs 20. Et 3e l’As, Gravière, 2 francs.
Vous écoutez France Inter, 22h et 3 minutes. Vous retrouvez Bernard Lenoir.

(17:40)

Bernard Lenoir : Merci Jacqueline.

Musique : The Chemical Brothers feat. Bernard Sumner – Out of Control

(24:13)

Bernard Lenoir : Out Of Control, sur le tout nouvel album des Chemical Brothers qui sortait aujourd’hui, l’hommage au pionnier de deux DJs qui sont tombés dedans en écoutant Confusion, en écoutant New Order à l’époque. JD, si tu es toujours là ?

Jean-Daniel Beauvallet : C’était ton générique à la télé, Confusion, si ma mémoire est bonne ?

Bernard Lenoir : Oui, c’est exactement ça, et on l’entend d’ailleurs, il y a un petit sample du morceau. C’était en 83, 84, par là… Alors, vous faites… Comment dire ? Vous racontez un peu l’histoire des deux Chemical Brothers, comment en écoutant cette musique ils ont eu envie d’aller du côté de Manchester puisqu’ils sont de Londres je crois tous les deux ?

Jean-Daniel Beauvallet : Oui, enfin il y en a un qui est de… ils sont du sud en tout cas, ils sont de la campagne mais du sud. Effectivement, bah quand est venu le moment de choisir une université où aller étudier, ils ne se connaissaient pas bien sûr, ils ont tous les deux choisi Manchester parce que la musique, parce que tous les deux étaient fans de… l’un était fan de New Order, l’autre était fan de New Order et des Smiths.

Bernard Lenoir : Et ils se sont retrouvés à l’Haçienda qui était le club de l’époque.

Jean-Daniel Beauvallet : Le club financé par New Order et par son tube de Blue Monday. Donc vraiment tout ça est très très lié, toute cette histoire tourne en rond mais c’est assez fascinant à observer.

Bernard Lenoir : Hm-hm. Et c’est là qu’on revient sur toute l’histoire de cette musique. Je ne savais pas, on l’apprend aussi en lisant ton interview, et c’est Barney qui le précise, qu’à l’époque de Joy Division, Ian Curtis faisait écouter aux autres membres du groupe Trans-Europe Express tous les soirs avant de monter sur scène ?

Jean-Daniel Beauvallet : Oui, tous les soirs ! Et il y a même eu un concert — donc c’était le 45 tours de Trans-Europe Express, c’était pour les galvaniser avant de monter sur scène — et il y a eu un concert qui s’était tellement mal passé qu’il a fini en émeute immédiatement. Quand ils sont revenus dans les loges, le morceau n’était pas encore fini.

Bernard Lenoir : Ouais, mais c’est assez bizarre parce que c’est un morceau plutôt tranquille, plutôt lent de Kraftwerk, et quand on a vu, on se souvient des concerts de Joy Division où c’était vraiment une transe, ça durait jamais très très longtemps, mais pendant une trentaine de minutes c’était vraiment quelque chose de poussé à l’extrême.

Jean-Daniel Beauvallet : Bah Ian Curtis avait de toute façon de drôles de conceptions de musique. Pour lui les Stooges étaient la même chose que Kraftwerk. Et d’ailleurs, quand on lit les premières interviews de Kraftwerk, eux-mêmes revendiquent l’influence des Stooges et du Velvet Underground. Donc c’est un groupe beaucoup plus dur, bien sûr beaucoup plus mélodique que ce qu’on a pu en dire, et beaucoup plus chaud et charnel que ce qu’on a voulu aussi en dire, Kraftwerk.

Bernard Lenoir : Bah on pourrait en profiter pour rafraîchir la mémoire de nos petits auditeurs ?

Jean-Daniel Beauvallet : Avec joie !

(26:24)

Musique : Kraftwerk – Trans-Europe Express

(29:16)

Bernard Lenoir : Beauvallet, ça date de quand exactement ce morceau de Kraftwek ?

Jean-Daniel Beauvallet : Fin des années 70, je ne me souviens plus exactement… 78 ? 79 ?

Bernard Lenoir : Oui, voilà, j’allais dire 77, par-là. Barney qui dit « Avec Suicide, Cabaret Voltaire ou la première formation de Human League, on était les seuls à oser jouer cette musique sur scène. La musique électronique n’existait pas, alors qu’elle est aujourd’hui majoritaire, c’est d’ailleurs mon problème. Avec la dance music actuelle, la stylisation à outrance, l’enfermement dans des case, à chaque style, sa panoplie de sons, de beats et d’instruments »

Jean-Daniel Beauvallet : Barney, qui venait franchement du rock, il a découvert ça en allant à New-York, quand la Factory a ouvert des bureaux à New-York, au début des années 80. Et ce petit mec qui venait de Manchester, qui n’avait jamais écouté Kiddy Pop, les Stooges ou des groupes punks, tout à coup découvre Giorgio Moroder, découvre toute la musique qui passait à la Danceteria, l’électro qui commençait à démarrer, le hip-hop qui était naissant, donc il s’est pris une gifle monumentale et lui, ce qu’il avait vraiment essayé de faire, c’était de transposer cette espèce d’énergie, ce côté très hypnotique de la dance music au rock. Donc, c’était vraiment un des tout premiers groupes et c’est vrai qu’ils étaient pas les seuls mais c’est ceux qui ont le plus marqué les esprits

Bernard Lenoir : Alors, en lisant cette interview, on se demande ce que va donner le prochain album de New Order, parce qu’il se sont réconciliés… On a même l’impression que ça leur manquait de se retrouver en studio tous ensemble

Jean-Daniel Beauvallet : Oui, c’est bizarre, il le dit — je ne sais pas si c’était hors micro ou si c’était dans l’interview — en tout cas il disait que pour la première fois il avait hâte de retrouver les autres, qu’ils s’étaient effectivement complètement rabibochés, qu’il n’y avait plus du tout de tension et qu’il se demandait si la musique allait pouvoir fonctionner justement sans tension, parce que jusqu’à présent elle s’était vraiment nourrie que de ça : de la haine, des bagarres, des luttes d’influence. Donc il se demandait si ça allait… C’est pour ça peut-être qu’avant de se lancer dans l’enregistrement d’un véritable nouvel album, ils se lancent plutôt sur quatre morceaux d’une BO. Ils commençaient à enregistrer la semaine dernière en Angleterre. Donc là ils font quatre morceaux, je pense qu’ils vont être même peut-être instrumentaux, et si tout se passe bien bah l’album est prévu pour l’automne.

Bernard Lenoir : Bien, on attend ça avec impatience. Barney qui revient aussi sur ce qui s’est passé au Transbordeur, je me souviens très bien de ce concert qu’on avait enregistré, on avait peut-être même essayé de le diffuser en direct sur France Inter…

Jean-Daniel Beauvallet : Oui, je m’en souviens moi aussi ! Je me souviens bien du début, moins de la fin…

Bernard Lenoir : Tu te souviens pas qu’on les avait attendus sur scène pendant des plombes. On se demandait ce qui se passait ?

Jean-Daniel Beauvallet : Si, si, si ! Mais je ne me souviens de ce qu’on avait fait en attendant.

Bernard Lenoir : On pensait que c’était un caprice de plus du groupe, et pas du tout, ils étaient enfermés dans leur loge et quelqu’un s’était tiré avec la clé.

Jean-Daniel Beauvallet : Et ils ont tout détruit et tout le monde a dit : « Oh là là, New Order qu’est-ce qu’ils sont rebelles ! ». En fait, ils avaient détruit…

Bernard Lenoir : …la porte pour pouvoir sortir et venir jouer sur scène. Puis c’est bien aussi ce qu’il dit, il est assez franc en disant que pendant longtemps New Order sur scène c’était vraiment pour leur pied personnel, qu’ils en avaient strictement rien à foutre du public, de ce qui se passait dans la salle, que c’était vraiment pour le plaisir de jouer et de s’éclater quoi.

Jean-Daniel Beauvallet : Mais c’était très caractéristique, ils ne parlaient jamais au public, ils lui tournaient le dos la plupart du temps. Moi je me souviens les avoir vus une fois en Angleterre jouant pendant deux heures et demie, mais vraiment s’éclatant complètement avec… repliés complètement sur eux-mêmes. Et au bout de deux heures et demie, Barney regardant sa montre et dit : « Mais ça fait deux heures et demie qu’on joue ! Mais qu’est-ce qui nous arrive ce soir ? ». Et il ne s’était même pas rendu compte qu’il jouait depuis si longtemps.

Bernard Lenoir : Ouais mais souvent c’était aussi à pile ou face hein.

Jean-Daniel Beauvallet : On a vu des concerts immondes de New Order.

Bernard Lenoir : Par contre, on en a vu d’autres absolument excellents.

Jean-Daniel Beauvallet : Il y en a eu un fabuleux à Orléans il y a quelques années notamment.

Bernard Lenoir : Bon, on parle beaucoup de New Order, mais on précise tout de même que ce n’est pas encore pour aujourd’hui et qu’il est question cette semaine d’un nouvel album des Chemical Brothers, le troisième, sur lequel on retrouve Barney Sumner de New Order. Un album, qu’est-ce que t’en penses ? Plutôt réussi ?

Jean-Daniel Beauvallet : Ah c’est complètement réussi ! Parce qu’il y avait forcément le risque avec un groupe comme ça de s’enfermer dans une espèce de formule, notamment eux qui avaient inventé cette façon très très violente de traiter les rythmes. Là il y a des morceaux très doux, notamment un morceau avec la chanteuse de Mazzy Star, des morceaux avec bon… Noel Gallagher d’Oasis revient chantant sur un morceau, Jonathan Donahue de Mercury Rev aussi, magnifique. Bobby Gillespie de Primal Scream est aussi là. Donc c’est la garde rapprochée du groupe qui est venue là. Mais le groupe est beaucoup plus à l’aise avec le songwriting. Avant c’était, ils travaillaient plus sur le son, sur la matière, que sur l’écriture propre des chansons. Maintenant les deux marchent de front donc c’est assez fascinant.

Bernard Lenoir : Et la connexion avec Hope Sandoval de Mazzy Star, tu sais pas d’où elle vient ? Parce que jusqu’à présent ils travaillaient surtout avec Beth Orton qu’on retrouve sur les deux premiers albums.

Jean-Daniel Beauvallet : Bah c’est tout simplement un travail de fan. En plus elle a des connexions très intimes avec Jesus and Mary Chain qui est voilà aussi dans l’entourage plus ou moins direct du groupe, en tout cas dans la famille des Chemical Brothers. Moi je pense que ça s’est passé comme ça.

Bernard Lenoir : Bon JD…

Jean-Daniel Beauvallet : c’est une voix quand même assez fascinante Hope Sandoval…

Bernard Lenoir : Oui, et puis ils ont tout à fait respecté le travail qu’elle fait d’habitude, enfin l’ambiance qu’elle nous donne avec Mazzy Star. Moi j’avais peur qu’ils l’utilisent un peu différemment, mais pas du tout.

Jean-Daniel Beauvallet :  Alors très respectueux, même un peu timoré presque !

Bernard Lenoir : Ouais. On va retrouver deux autres DJs pour une nouveauté : l’album de Death in Vegas. Tu as déjà jeté une oreille dessus ou pas encore ?

Jean-Daniel Beauvallet : Ah oui oui ! On les a même déjà interviewés.

Bernard Lenoir : Ça t’a plu ?

Jean-Daniel Beauvallet : Ah j’aime beaucoup l’album ! Là aussi il y a grosse prise de risque et c’est un type à la culture assez fascinante, Richard Fearless.

(34:06)

Musique : Death in Vegas feat. Iggy Pop – Aisha

(37:18)

Bernard Lenoir : Jean-Daniel Beauvallet en direct de Brighton. Est-ce que tu sais quand sort ce nouvel album de Death in Vegas ?

Jean-Daniel Beauvallet : On a largement le temps d’en parler, il sort mi-septembre.

Bernard Lenoir : Mi-septembre ! Oh on a une belle exclusivité là.

Jean-Daniel Beauvallet : Et avec la belle voix d’Iggy.

Bernard Lenoir : Qu’est-ce qu’il t’a raconté le Richard Fearless ?

Jean-Daniel Beauvallet : Bah son parcours qui est quand même un truc ahurissant quand même. Ce type qui a été président du fan-club de Jazz Butcher, si on peut imaginer ça, qui a suivi Felt en tournée pendant des mois et des mois, et qui se retrouve aujourd’hui un des DJs les plus en vue en Angleterre, qui a travaillé notamment au Heavenly Social de Londres et qui là fait un album en invitant bah justement les voix qu’il a aimées toute sa vie et notamment celle d’Iggy Pop. Non c’est un parcours assez fascinant. Et puis c’est un type à la culture, qui est capable de faire des ponts incroyables entre des obscurs reggaemen de Jamaïque et des musiciens pop, entre le Velvet Underground et des trucs d’électronique. Vraiment il a une culture incroyable et il adore en jouer, jongler avec tout ça.

Bernard Lenoir : Ça se précise hein, cette nouvelle tendance de groupes qui existent à partir d’un DJ qui va puiser dans l’histoire de la musique ?

Jean-Daniel Beauvallet : Ah de plus en plus ! Ce qui est bien c’est qu’il n’y a plus du tout ce révisionnisme qui existait il y a quelques années où les groupes un peu cachaient leur passé, n’admettaient pas avoir écouté d’autres choses. Au contraire maintenant, plus on affiche mieux c’est. Donc en France un groupe comme Daft Punk a énormément servi à ça. Et en Angleterre bien sûr des groupes comme les Chemical Brothers ou comme Richard Fearless admettent avoir écouté énormément de choses et tout ça est pris en compte dans leur musique. C’est-à-dire qu’il y a aussi bien des influences dub que des influences du MC5 là sur ce morceau qu’on vient d’entendre. C’est assez fascinant.

Bernard Lenoir : On en a eu un bel exemple hier avec Archive en… j’allais dire en Black Session. Non, ils étaient invités pour la Fête de la musique mais c’était presque pareil. J’en reparlerai demain parce que je ne sais pas, on n’a pas beaucoup de chance avec nos groupes puisqu’ils se sont mangé les informations de minuit, il y a deux titres qui ont sauté. J’en reparle demain c’est promis, on essaie d’écouter ça très vite. Jean-Daniel, on va terminer avec mon nouveau disque de chevet, c’est peut-être le tien aussi, c’est le nouvel album de Murat qui sort à la fin du mois d’août ?

Jean-Daniel Beauvallet Ah le vieux Jean-Louis !

Bernard Lenoir : Quelle merveille ! Tu es d’accord ?

Jean-Daniel Beauvallet : Bah il est allé se frotter à ses légendes américaines, c’est-à-dire que voilà, un type qui a écouté Creedence, qui a écouté Neil Young toute sa vie, eh bah voilà, il s’est dit : « Pourquoi je fais de la musique avec des claviers quand peut-être ce qui me correspond le mieux c’est les guitares ? ». Et bah moi je trouve ça oui, je trouve ça assez réussi aussi oui.

Bernard Lenoir : Bah on va écouter l’autre chanson. Fevret nous avait proposé une première fois un morceau enregistré avec Jennifer Charles. Il y en a deux sur le nouvel album et je vous propose de terminer ce programme avec l’autre morceau avec Jennifer. Ça s’appelle Jim. Jean-Louis Murat.

(39:42)

Musique : Jean-Louis Murat feat. Jennifer Charles – Jim

(43:14)

Bernard Lenoir : Difficile de ne pas craquer avec cette rencontre au sommet de Jean-Louis Murat et de Jennifer Charles, la chanteuse d’Elysian Fields. Beauvallet ?

Jean-Daniel Beauvallet : Oui monsieur !

Bernard Lenoir : On reparlera, on aura tout le temps aussi de reparler de ce nouvel album de Murat qui ne sort qu’à la fin du mois d’août, Mustango, enregistré aux États-Unis avec Calexico entre autres. Et puis plein de gens qu’on aime bien.

Jean-Daniel Beauvallet : Du beau monde !

Bernard Lenoir : JD merci d’avoir passé ces quelques instants en notre compagnie. Je rappelle le numéro des Inrocks qui sort demain : de New Order aux Chemical Brothers, mais on y parle aussi de cinéma avec les raretés d’Orson Welles, c’est des choses qui seront projetées au festival de La Rochelle. On y parle photographie aussi avec Lou Reed qui expose au Printemps de Cahors, du Kosovo avec un récit de Romain Goupil et puis aussi d’Act Up qui fête son 10e anniversaire avec une interview de Didier Lestrade dans le numéro de demain. Salut à tous ! Bonne fin de soirée.

Jean-Daniel Beauvallet : Merci, ciao !

Bernard Lenoir : Ciao !

(44:11)

Bernard Lenoir : France Inter, 22h30. Le journal, Denis Lemarié, bonsoir.

Denis Lemarié : Bonsoir ! Première judiciaire en France : une caisse primaire d’assurance maladie assigne en justice les quatre plus grands groupes de tabac. La CPAM de Saint-Nazaire leur réclame 51 millions de francs de dommages et intérêts.
La santé encore avec la fin de l’épisode Coca-Cola : dès demain, le gouvernement pourrait lever l’interdiction de la commercialisation de toutes les canettes.
L’après-conflit du Kosovo : Bill Clinton demande aux réfugiés albanais de patienter encore un peu pour rentrer chez eux, les risques liés aux mines sont encore trop importants. Deux reportages dans ce journal : dans le camp de Stenkovec en Macédoine et à Peć au Kosovo, une ville pratiquement détruite entièrement par la guerre.
La politique avec la petite phrase de Lionel Jospin : « Il n’y a pas à gauche de nouvelle donne après les Européennes ». C’est une mise au point qui déçoit les Verts, forts de leurs 10 % de voix.
Les sports : Martina Hingis éliminée dès le premier tour à Wimbledon. Et puis la victoire de l’équipe de France de basket pour son deuxième match de l’Euro 99.

Le sommaire des Inrocks 204

Les titres en vidéo

The official music video for Blue Monday from the album Candyass
Copyright to Warner Bros Records


How does it feel to treat me like you do
When you've laid your hands upon me
And told me who you are
I thought I was mistaken
I thought I heard your words
Tell me
How do I feel tell me now
How do I feel

How does it feel?
How should I feel?
Tell me how does it feel?
To treat me like you do

Those who came before me
Lived through their vocations
From the past until completion
They'll turn away no more
And I still find it so hard
To say what I need to say
But I'm quite sure that you'll tell me
Just how I should feel today

I see ship in the harbor
I can and shall obey
But if it wasn't for your misfortunes
I'd be a heavenly person today
And I thought I was mistaken
And I thought I heard you speak
Tell me how do I feel
Tell me now how should I feel

Now I stand here waiting...
I thought I told you to leave me
While I walked down to the beach
Tell me how does it feel
when your heart grows cold

How does it feel?
How should I feel?
Tell me how does it feel?
To treat me like you do

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