Dimanche 30 Mars 2003 : Bernard Lenoir, Brigitte Patient, Hervé Pauchon (Au Fil D’Inter)

  Entretiens

La playlist de l'émission

AuteurTitre
1The Polyphonic SpreeSoldier Girl
2Émilie SimonDésert
3Youssou N'DourMon Monde À Moi (The Joker)
4Elvis PresleyBlue Moon
5Ben HarperWith My Own Two Hands


Quelques références du soir

Toutes les références ne sont pas renseignées, souvent par manque de temps. Il s'agit principalement des disques-supports passés dans l'émission : single, album, compilation ... Libre à vous de compléter dans les commentaires !

Album / SingleLabelAnnée
1The Beginning Stages Of…Good Records2001
2Émilie SimonBarclay2003
3Mon Monde À Moi (The Joker) EPWea Music2003
4Elvis PresleyRCA Victor1956
5Diamonds On The InsideVirgin2003


Écoutez Au Fil D’Inter avec Bernard Lenoir

Brigitte Patient et Hervé Pauchon reçoivent Bernard Lenoir pour l’émission Au Fil D’Inter, le dimanche matin, de 11h à 12h.

Retranscription de l’émission

Brigitte Patient : Bonjour. Dans cette actualité qui nous tourmente, je vous propose une rencontre simplement. Une rencontre avec quelqu’un qui se sert de la musique pour avancer avec vous. Si vous étiez comme moi, auditrice de France Inter dans le début des années 80, vous écoutiez Feedback, ensuite vous cherchiez dans votre région la perle rare, la discothèque qui vous permettrait peut-être de danser sur les pas de Bernard Lenoir. Aujourd’hui, je reçois Bernard Lenoir, et si on l’écoute le soir, on a toujours cette même impression d’être sur les pas de quelqu’un qui cherche, qui trouve des musiques, rock ou autres, qui ont des choses à dire, quitte à se faire traiter de dingue quand il découvre un groupe, et de génie quand ce même groupe remplit trois ans après le Zénith. C’est la musique qu’il met en avant dans son émission, et non pas sa personne. Je vous propose de faire le contraire au fil d’Inter.

(00:46)

Micro-trottoir :
— Qu’est-ce qui vous plaît pas sur France Inter ?
— Y a pas assez de musique.
— Mais il y a quand même des émissions musicales sur France Inter. Vous les connaissez ?
— Non.
— Alors il y a Bernard Lenoir à 21h, il y a Isabelle Dhordain le samedi, il y a Julien Delli Fiori le samedi et le dimanche, il y a Jean-Louis Foulquier, il y a…
— Ouais, mais je les connais pas.

(01:28)

Brigitte Patient : À cette liste, on peut ajouter Valli, Ambre Foulquier, Laurence Pierre, Frédéric Lodéon, Laurent Lavige… Je n’ai oublié personne ? Le médiateur de Radio France, Philippe Labarde, bonjour !

Philippe Labarde : Bonjour.

Hervé Pauchon : Ah oui, le médiateur qui anime des émissions musicales, c’est bien ça !

Brigitte Patient : Tout le monde le sait.

Hervé Pauchon : Mais il faut préciser que la jeune fille qui pose la question, c’est Touline, la fille d’un des auditeurs que je suis allé rencontrer et qu’on découvrira tout à l’heure.

Brigitte Patient : Vous écoutez là la voix d’Hervé Pauchon, le reporter d’Au fil d’Inter. Bernard Lenoir, bonjour.

Bernard Lenoir : Bonjour.

Brigitte Patient : Alors, vous, vous êtes le soir sur France Inter, « C’est Lenoir », de 21h à 22h, au micro. Derrière le poste, combien y a-t-il d’auditeurs ?

Bernard Lenoir : À part ma mère, je vois pas… Peut-être 3-4 personnes.

Brigitte Patient : C’est juste 3-4 personnes ?

Bernard Lenoir : Et bonjour, et bonsoir, quand je suis en forme

Brigitte Patient :  C’est ce qu’on lit dans les sondages bien sûr.

Hervé Pauchon : Non, dans les sondages, on lit qu’il y a toutes les filles de Paris qui écoutent Bernard Lenoir.

Bernard Lenoir : Oui ça, j’espère bien. Merci Hervé. Non, je ne sais pas, ça doit se balader entre 150 000 et 200 000.

Brigitte Patient : Pour ceux qui n’auraient pas la curiosité d’aller voir sur France Inter à partir de 21h, « C’est Lenoir », c’est quoi ?

Bernard Lenoir : C’est la musique qu’on n’entend pas ailleurs. Je dis toujours que c’est la musique pas comme les autres. Bon, ça a été repris et décliné dans tous les sens cette formule, mais c’est vrai que c’était ça au départ, et ça date pas d’hier. Je crois que moi, je suis un enfant du Pop Club, donc déjà à l’époque, il y avait cette musique qu’on n’entendait pas ailleurs chez José. J’ai donc un peu perpétué cette histoire. Effectivement, les gens qui viennent m’écouter le soir, ils viennent chercher cette musique qu’on n’entend surtout pas sur la bande FM et dans les radios dites musicales.

Brigitte Patient : Tout à l’heure j’ai dit rock, c’est aussi simple que ça ?

Bernard Lenoir : Ça ne veut plus dire grand-chose. Et oui, bon, le rock au départ c’était effectivement une certaine énergie, mais je ne pense pas que ça puisse qualifier à 100 % ce que je passe le soir. C’est vrai qu’il n’y a pas que ça.

Brigitte Patient : Il y a combien de titres en moyenne diffusés pendant une heure ?

Bernard Lenoir : Comme je n’hésite pas à passer des morceaux qui dépassent les 10 minutes, parfois ça va de 8 à 15.

Brigitte Patient : Et une majorité de quel pays ?

Bernard Lenoir : Oh là là, la question ! Est-ce qu’il faut l’avouer ? Oui. Majorité anglo-saxonne. Mais avec toujours, quand même, distillé au compte-goutte, les Français et les artistes français qui méritent vraiment qu’on s’intéresse à eux.

Brigitte Patient : Qui mérite ?

Bernard Lenoir : En ce moment ? Vous voulez savoir les gens qui m’ont toujours intéressé en France ? Bon, effectivement, si on veut résumer, c’est assez vite fait : c’est Gainsbourg, c’est Manset, c’est Murat bien sûr, Bashung, et aujourd’hui, c’est une petite nana comme Émilie Simon par exemple. Dominique A, bien sûr, incontournable.

Brigitte Patient : Émilie Simon qu’on entendra au fil d’Inter. Je crois qu’en plus, elle va faire partie de la prochaine Black Session.

Bernard Lenoir : Oui oui, une Black Session.

Brigitte Patient : On va vous écouter un soir, dans la semaine, « C’est Lenoir »

(04:10)

Musique : The Polyphonic Spree – Soldier Girl

(04 :20)

Bernard Lenoir (en voix off sur la musique) : « Soldier Girl », la femme soldat de Polyphonic Spree. Militaire. Pour un homme c’est déjà incompréhensible, mais alors femme soldat, c’est un mystère incommensurable. Il y en a pourtant quelques milliers, engagées actuellement dans le conflit irakien, 900 déjà sur chaque porte-avions nucléaire américain. Et je m’égare probablement lorsque j’imagine cette planète plus fréquentable si les femmes étaient aux commandes. Ce serait peut-être pire, n’est-ce pas, Adjudant Soullier ?

(04:51)

Brigitte Patient : Bernard Lenoir, qu’est-ce qui vous décide dans l’après-midi, je suppose que vous arrivez tous les jours vers 14h pour travailler votre émission qui commencera à 21h… les horaires sont bons là ?

Bernard Lenoir : Il n’y a pas d’horaire. Si je fais ce métier, c’est parce qu’il n’y a pas d’horaire justement. Donc je peux me mettre à écouter de la musique chez moi à 9h du matin. Je travaille beaucoup à la maison. Mon boulot, c’est d’écouter le maximum de choses pour essayer de faire une sélection et d’arriver le soir avec la possibilité de faire une proposition cohérente pendant une heure.

Brigitte Patient : Qu’est-ce qui vous décide à diffuser un titre, un groupe ?

Bernard Lenoir : C’est un peu le supplice quotidien. Je pars de n’importe quoi. Là, on a entendu Soldier Girl, j’ai vu un reportage à la télé sur les bonnes femmes qui étaient engagées dans l’armée américaine actuellement, je me suis dit « c’est aberrant qu’on puisse faire ce boulot quand on est une femme ». Et puis il y a un morceau de ce groupe-là qui s’appelle Soldier Girl. Voilà, je pars sur un truc comme ça et après il faut dérouler.

Brigitte Patient : Est-ce que vous avez des filières particulières aux États-Unis, en Angleterre ?

Bernard Lenoir : Oui oui, j’ai des réseaux forcément, puisque le plus souvent je propose des disques qui ne sont pas encore dans le commerce, qui vont sortir dans les semaines, voire parfois dans les mois qui suivent. Donc oui, on a des petits réseaux comme ça à Londres, aux États-Unis.

Philippe Labarde : Vous avez dit « proposition cohérente » tout à l’heure. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Bernard Lenoir : Une proposition cohérente, c’est un programme qui soit équilibré, ne serait-ce que musicalement, soit construit. C’est-à-dire qu’on puisse écouter, qu’on puisse passer d’un titre à l’autre d’une façon cohérente, que ça se fasse en douceur, que ce soit construit au niveau des sons.

Brigitte Patient : Je lisais aussi que vous aviez à un moment donné, dans les années précédentes, dit qu’il fallait que la musique montre des frustrations pour qu’elle vous intéresse.

Bernard Lenoir : Ah oui, la musique convenue ne m’intéresse pas du tout. C’est comme au cinéma, je ne vais jamais voir un film pour me distraire. La musique c’est un peu pareil. Si c’est pour écouter de la musique pour… ça ne m’intéresse pas trop. J’aime bien les gens, les artistes, les musiciens qui vont ailleurs, qui sont forcément dans l’émotion, et qui dit émotion dit souvent douleur. C’est clair que c’est ce qui m’intéresse le plus.

Brigitte Patient : Bernard Lenoir, parlez-moi deux secondes d’Émilie Simon, puisqu’on va l’entendre là au fil d’Inter.

Bernard Lenoir : Émilie Simon, c’est vraiment une découverte. Elle arrive en plus au moment où tout le monde est en train d’encenser l’album raté de Massive Attack. Elle est exactement dans la même discipline, c’est-à-dire la musique électronique, et on voit une petite nana qui a à peine 20 balais, qui est bien née puisque son père a un studio, il est technicien, elle a baigné là-dedans toute sa jeune existence, et elle arrive avec un disque formidable. En plus des textes, elle véhicule quelque chose d’assez fort.

(07:35)

Musique : Émilie Simon – Désert

(10:18)

Brigitte Patient : Émilie Simon, elle sera en direct sur France Inter dans les Black Sessions du 7 avril. Bernard Lenoir, ces Black Sessions, c’est bien sûr vous qui les avez créées. En quelle année ?

Bernard Lenoir : En 92, je pense.

Brigitte Patient : Alors il s’agit pour tous les auditeurs de France Inter qui ne sont pas, par exemple, à Paris, de suivre fidèlement grâce à votre émission un concert gratuitement, avec des groupes qui ne sont pas n’importe quels groupes.

Bernard Lenoir : Gratuitement à la radio ! Il faut quand même payer sa redevance, attention !

Brigitte Patient : Bien sûr. Donc il s’agit, là non plus, de n’importe quels groupes, puisque vous avez des avis tranchés et que vous les choisissez avec beaucoup d’attention,est-ce que dans cette histoire des Black Sessions, il y a quelquefois des liens avec des maisons de disques, des sorties d’albums qui sont à prévoir, et des programmations dans les Blacks?

Bernard Lenoir : Non, on est obligé de suivre l’actualité forcément. Il faudrait qu’on ait beaucoup d’argent, beaucoup de moyens, pour pouvoir inviter un groupe en dehors de sa promotion, de la promotion dont il va bénéficier ici en France quand son album va sortir, pouvoir le faire venir avant tout le monde. Il faut tout prendre en charge, les billets d’avion, les hôtels… C’est impossible pour une maison comme la nôtre. Donc forcément on est obligé de travailler main dans la main avec les maisons de disques et de profiter de la venue d’un groupe en France pour sa promotion, pour le mettre sur la scène du studio 105 ici. Mais les sessions, c’est une vieille histoire. Déjà vous parliez de Feedback tout à l’heure, l’époque héroïque du début des années 80, je faisais beaucoup de concerts

Brigitte Patient : en direct des Bains et du Palace…

Bernard Lenoir : Oui, et du Palace. C’était la grande époque des concerts du Palace et des Bains Douches, et j’ai toujours pensé que la musique live c’était important. Il faut en avoir sur une radio. Donc les sessions, c’était le prolongement de tous ces concerts. A l’époque, c’était très facile de capter un concert, il suffisait d’une poignée de main avec un promoteur, avec des artistes. Aujourd’hui, il faut 15 avocats pour y arriver, donc il vaut mieux avoir une structure comme la nôtre ici à France Inter pour accueillir des groupes.

Hervé Pauchon : Moi je me rappelle de Supertramp, d’avoir découvert Supertramp…Je ne sais pas si ça s’appelait les Black Sessions à l’époque, mais c’était une espèce de concert, enregistré…

Brigitte Patient : On parle de nos souvenirs, Hervé Pauchon ? Parce qu’il y en a !

Bernard Lenoir : C’est rigolo qu’il parle de nos souvenirs, parce que ça devait être en 75, un concert au Bataclan, 17 billets payants. Il devait y avoir 20 personnes dans la salle, et c’était sur France Inter.

Brigitte Patient : Vous voulez que je vous parle de mon souvenir à moi?

Hervé Pauchon : Allez-y Brigitte, on vous écoute.

Brigitte Patient : Joy Division ?

Bernard Lenoir : Joy Division, Bains Douches. Là, il y avait un peu plus de monde quoi.

Brigitte Patient : Bon, on s’arrête là… Philippe Labarde ?

Philippe Labarde : Non, non, moi, je n’ai pas de souvenirs, mais j’ai une surprise parce que je ne connaissais pas Bernard Lenoir, et tout à l’heure, vous avez dit qu’il a des avis tranchés, et c’est vrai que vous avez des avis tranchés, vous l’avez dit à 2-3 reprises : il y a ceux qui sont dignes de passer, ceux qui ne sont pas dignes, ceux qui sont tarte, ceux qui sont mauvais, etc… Alors, je trouve que c’est un propos qui vous forge, et en même temps, pas dangereux mais… Au fond, les gens que vous éliminez comme ça, à partir de votre propre choix…

Bernard Lenoir : C’est-à-dire que j’en ai rien à faire de tout ce consensus ambiant où tout le monde marche main dans la main, parce que c’est une industrie et voilà… que les maisons disques sont d’accord avec la presse, que la presse est d’accord avec la radio et tout ça… Cette petite famille fait vendre, j’espère être ailleurs que dans cette ligne-là. Quand un truc me plait, je le dis, je fais tout pour le faire savoir. Quand je tombe sur un artiste comme Dominique A, j’ai vraiment envie qu’il avance, qu’il y arrive, même si tout le monde se fout de ma gueule pendant des années. Quand il y arrive, je suis content, j’ai l’impression d’avoir réussi mon coup. Maintenant, aller faire la promo de Jennifer, même pour faire plaisir à Pauchon, ce n’est pas possible (rires)

Brigitte Patient : Bernard Lenoir, pourquoi vous ne faites pas des Black Sessions en province ? Parce que ceux qui peuvent assister aux concerts sont évidemment des Parisiens…

Bernard Lenoir : Je le disais à l’instant, on bénéficie ici à l’intérieur de la Maison de la Radio d’un outil formidable : des studios, des techniciens… S’il faut déplacer tout ça, ça commence à coûter beaucoup, beaucoup d’argent. Et je vous pose la question : qui paie à partir de ce moment-là ?

Brigitte Patient : Et là, qui paie justement ? C’est le budget de l’émission ?

Bernard Lenoir : Voilà, tout est sur place, donc ça coute un peu d’argent, mais beaucoup moins que s’il fallait transporter tout ça à Marseille ou à Bordeaux. Je serai ravi d’aller faire des concerts en province

(14:18) Brigitte Patient : Je vous propose, Bernard Lenoir, de rencontrer un auditeur parisien qui vous écoute depuis 10 ans. Baptiste, bonjour.

Baptiste : Bonjour.

Brigitte Patient : Vous avez 25 ans ?

Baptiste : Exactement.

Brigitte Patient : Et vous avez commencé à écouter Bernard Lenoir à 15 ans donc ?

Baptiste : À 13 ans même, vers février 92.

Brigitte Patient : Vos parents écoutaient France Inter ?

Baptiste : Pas du tout. Mes parents n’étaient pas toujours là le soir, j’écoutais la radio tout seul chez moi.

Brigitte Patient : Et « C’est Lenoir » à l’époque ne s’appelait pas « C’est Lenoir », donc il y a 15 ans ?

Baptiste : Ça s’appelait « L’Inrockuptible ».

Brigitte Patient : Oui, donc ça vous a servi à avancer, bien ?

Baptiste : Absolument, effectivement, c’est une musique que j’ai découverte très jeune mais qui m’a accompagné après pendant toute ma vie, dans les études, au collège, au lycée, et puis après, le travail. Et c’est une musique, une émission qui m’a servi un peu de balise si on peut dire.

Brigitte Patient : C’est-à-dire ?

Baptiste : Une sorte de repère comme ça, un peu sûr, dans le désordre du monde et de la vie. C’était quelque chose qui était là, qui ne bougeait pas, c’était très rassurant et très familier, surtout… oui, vraiment important, vraiment au jour le jour

Brigitte Patient : Et vous écoutez, je suppose aussi, les black sessions ?

Baptiste : Absolument, mes premiers concerts, c’étaient les black sessions d’ailleurs, quand j’étais vraiment tout jeune, 14-15 ans, mes tout premiers concerts, c’étaient les black sessions à la Maison de la Radio.

Brigitte Patient : Et après les émissions, vous achetez un maximum de disques ?

Baptiste : Hélas, oui !

Brigitte Patient : Bernard Lenoir, vous vous rendez compte ? Vous êtes en train de faire crouler les économies de Baptiste entre autres !

Bernard Lenoir : Je suis très inquiet parce que Baptiste a 25 ans, mais il y a des auditeurs qui sont exactement dans la même démarche et qui en ont 50 aujourd’hui. Alors Baptiste, fais gaffe quand même !

Hervé Pauchon : J’ai une question. Baptiste, est-ce que vous avez acheté le dernier Massive Attack ?

Bernard Lenoir : Oui.

Hervé Pauchon : Et alors, qu’est-ce que vous en pensez ?

Bernard Lenoir : Je le trouve plutôt très décevant.

Brigitte Patient : Donc, vous êtes sans arrêt de l’avis de Bernard Lenoir ?

Baptiste (auditeur) : Ce sont des choses qui arrivent, pas tout le temps, pas tout le temps, vraiment.

Brigitte Patient : Et quand vous êtes en désaccord, vous dialoguez avec lui de quelle façon ?

Baptiste : J’essaie de manifester par des petits mails comme ça, amicaux.

Bernard Lenoir : Baptiste est omniprésent sur les concerts parisiens par exemple, donc il a la possibilité d’aller en voir beaucoup plus que moi, puisque moi je suis à l’antenne généralement quand les groupes jouent à Paris. Et il me fait des petits comptes-rendus comme ça…

Hervé Pauchon : Ah, donc vous savez qui est Baptiste, vous avez repéré qui est cet auditeur ?

Bernard Lenoir : Ah oui, quand même.

Baptiste : Je balance une petite chronique sauvage comme ça de temps en temps.

Bernard Lenoir : Toujours très, très pertinente.

Brigitte Patient : Baptiste, vous êtes étudiant aujourd’hui ?

Baptiste : Je suis étudiant et je travaille aussi.

Brigitte Patient : Bon, d’accord. Ben je vous remercie d’avoir été avec nous.

Baptiste : Merci à vous et bonjour à Bernard.

Bernard Lenoir : Salut Baptiste, merci.

Hervé Pauchon : Et Baptiste, juste, vous avez déjà rencontré Michèle Soulier ?

Baptiste : Oui, un grand souvenir !

Hervé Pauchon : Parce qu’elle vient de rentrer dans le studio, c’est pour ça.

Baptiste : Ah ben bonjour à Michèle, grand souvenir, Michèle Soulier.

Brigitte Patient : Au revoir Baptiste.

Baptiste : À bientôt.

Brigitte Patient : Est-ce que, Bernard Lenoir, Baptiste fait partie de ces auditeurs… enfin, il représente bien tous vos auditeurs ? Bien sûr, vous disiez qu’ils peuvent avoir 50 ans et 17 ans et 25 ans, mais étudiant, un peu « intello » entre guillemets, des gens qui lisent, qui sont curieux de tout…

Bernard Lenoir : Ben oui, oui, il a le profil « Inrockuptible », parce que quand on s’intéresse à la musique, on s’intéresse aussi beaucoup au cinéma, à la littérature, aux choses un peu consistantes. Donc forcément, ça va avec.

Brigitte Patient : Je lisais dans un papier un peu ancien que vous aviez été l’un des premiers à dialoguer avec les auditeurs avec le Minitel. Ça me faisait rire parce qu’il y avait l’expression : « Bernard, ne cèdes-tu pas trop à la tyrannie du Minitel ? ».

Bernard Lenoir : Oui, mais on a vu ce que c’est devenu depuis quoi, comment ça a été remplacé par Internet, et maintenant c’est un outil formidable quoi. Moi j’ai Internet sous les yeux tous les soirs pendant l’émission et je vois bien les réactions, il y a un feedback immédiat avec les auditeurs, c’est formidable.

Brigitte Patient : Et ces réactions vous font bouger ? Vous pourriez réécouter, changer d’avis à propos d’un album, d’un titre qui… ?

Bernard Lenoir : Non, non, puis souvent on ne parle pas de musique…

Brigitte Patient : Vous parlez de quoi ?

Bernard Lenoir : Ben je ne sais pas, en ce moment c’est la guerre, c’est ce qu’on peut penser de l’attitude des Américains, ce qu’on peut penser de Bush et de son entourage, c’est plutôt ça, oui.

Brigitte Patient : Mais sur le net un soir, vous passez par exemple pendant l’émission un titre d’un nouveau groupe, personne n’a jamais entendu ce groupe-là. Je suppose qu’il y a des réactions incroyables ?

Bernard Lenoir : Ah oui, si le groupe véhicule vraiment quelque chose d’important, c’est instantané.

Brigitte Patient : Et quel est le dernier emballement justement à propos… ?

Bernard Lenoir : C’était avec The Kills, qu’on a reçus jeudi en Black Session.

Hervé Pauchon : Mais est-ce que finalement vous ne regrettez pas d’être catalogué dans les animateurs de musique, entre guillemets ? Peut-être vous aimeriez plus faire une émission de débat avec des idées et la musique serait secondaire ?

Brigitte Patient : Autour de la musique rock, c’est vrai, il y a la peinture, il y a le cinéma, il y a plein de choses, la littérature.

Bernard Lenoir : Ben c’est ce que font les Inrocks avec le magazine, c’est un peu le prolongement, et c’est pour ça que je m’entends si bien avec eux et qu’il y a cette affinité. Mais oui, ça serait un autre boulot quoi. Mais dès qu’on essaie de… il y a toujours eu beaucoup d’intervenants dans l’émission, à l’époque avec Viviant, avec des gens comme ça, où on a quand même essayé d’élargir le débat. Et souvent, ceux qui sont là pour écouter de la musique — c’est pas long hein, une heure ça passe très, très vite pour écouter cette musique — me disent : « Bon, c’est très, très bien tout ça, mais on préfère quand même… que tu privilégies la musique quoi. »

Brigitte Patient : Eh bien, c’est ce qu’on fait tout de suite Au Fil d’Inter avec Youssou N’Dour.

(19:15)

Musique : Youssou N’Dour – Mon Monde À Moi (The Joker)

(21 :41)

Brigitte Patient : The Joker, Youssou N’Dour, c’est un album France Inter. Depuis ce matin 11h, on est avec Bernard Lenoir. « C’est Lenoir » tous les soirs, de 21h à 22h sur France Inter. On a beaucoup parlé de l’émission, des Black sessions, je voudrais qu’on regarde un petit peu votre parcours … J’ai l’impression qu’au départ, il y avait dans vos passions quelque chose autour de la mer, autour du cinéma, et que la musique est arrivée bien après ? Vous allez peut-être me contredire ?

Bernard Lenoir : La mer oui, parce que j’habitais Alger, en plus dans un appartement qui donnait sur le port, donc effectivement je voyais ces bateaux rentrer, sortir… et c’est vrai que j’ai longtemps pensé que je finirais sur l’eau.

Brigitte Patient : Marin ?

Bernard Lenoir : Oui, mais en faire un métier au départ. Maintenant, je me vois finir sur l’eau mais avec un plus petit bateau quoi, ailleurs.

Brigitte Patient : Et vous faites beaucoup de choses sur l’eau…

Bernard Lenoir : Oui, oui, j’ai une grosse passion pour la mer. Le cinéma, c’est tout simplement parce que mes parents travaillaient dans ce secteur-là et que bon, effectivement, j’aurais pu prendre cette voie aussi. Et la musique c’est venu parce qu’autour de moi j’en entendais beaucoup, j’ai une mère très jeune, très peu de différence d’âge, moins de 20 ans, donc elle écoutait déjà… elle était en plein Elvis Presley et tout, quand j’avais une dizaine d’années quoi.

Hervé Pauchon : On sent un lien très fort entre la mer et la mère, c’est très beau ce qu’il dit là, Bernard

Brigitte Patient : Je vous arrête deux secondes Bernard Lenoir, parce que j’ai lu une jolie anecdote que j’ai envie de vous faire partager, vous qui êtes là autour de nous. La musique, c’est un déclic apparemment d’après ce que j’ai lu avec l’écoute de la face B d’un des premiers 45 tours d’Elvis Presley en 64. Je vais vous demander quand même si c’est exactement la vraie raison ou si c’est juste une belle histoire ?

(23:10)

Musique : Elvis Presley – Blue Moon

(24 :26)

Brigitte Patient : Avec la voix d’Elvis Presley.

Bernard Lenoir : C’est toujours aussi bien

Brigitte Patient : Bernard Lenoir, alors, jolie histoire ?

Bernard Lenoir : Oui, c’est la vraie histoire… Parce que je ne sais pas, il faut se remettre dans le contexte, moi j’étais tout petit, mais ce qu’on entendait partout c’était « Boîte à outils » d’Annie Cordy quoi ! Et puis quand on avait la chance, parce qu’il y avait des réseaux… effectivement on ne trouvait pas ces disques à l’époque en Algérie, ça venait par les bases américaines qui étaient encore au Maroc. Donc on allait souvent au Maroc passer des vacances et on avait la chance de tomber sur ce genre de musique. Et moi, ça a faisait tilt quoi. Et ça a fait tilt quand j’ai entendu Presley, je me suis dit : « Mais non, il y a autre chose que ce qu’on essaie de… on nous gave de trucs, et il y a autre chose. » Voilà, le déclic il a été là.

Brigitte Patient : Et tout d’un coup, vous avez eu l’oreille très attentive à la musique.

Bernard Lenoir : Oui, enfin à cette musique-là. Toujours une musique un peu décalée quoi. Presley en 55 ou 56, c’était décalé. Après c’est devenu le mainstream dix ans plus tard ou six ans plus tard. Mais à l’époque c’était décalé. Ouais, le déclic il est là, c’est toujours être un peu en avance quoi, un peu ailleurs quoi, un peu en marge, oui.

Brigitte Patient : Une autre question : je voudrais savoir si Pascale Clark s’est inspirée du club que vous teniez à Bandol, le Tam-Tam ?

Bernard Lenoir : Le Tam-Tam ? J’en sais rien du tout, elle ne doit même pas savoir que ça a existé. Moi-même j’avais oublié !

Brigitte Patient : Et là encore, vous faisiez DJ, et puis vous étiez très connu parce que vous passiez ce que personne ne passait ?

Bernard Lenoir : J’ai fait ce métier formidable, si j’avais su je serais resté DJ, je serais milliardaire aujourd’hui ! J’ai été DJ pendant je ne sais pas, 7 ou 8 ans moi, pendant les années 60, un peu partout d’ailleurs. Oui, c’était mon premier job.

Brigitte Patient : Et pourquoi vous avez arrêté ?

Bernard Lenoir : Parce que c’était un métier de bon à rien à l’époque, maintenant c’est un métier de star !

Brigitte Patient : Donc vous avez arrêté, vous êtes venu à Paris, vous avez cherché du boulot ?

Bernard Lenoir : Oui, et hélas j’en ai trouvé !

Brigitte Patient : Et vous avez lancé un album d’Elton John ? Ça vous a marqué peut-être cette idée-là ?

Bernard Lenoir : Oh là là, non, je travaillais des petits jobs comme ça dans des maisons de disques où effectivement la première chose qu’on m’a demandée, c’est de m’occuper d’un album d’Elton John, un certain Elton John parce que personne ne connaissait à l’époque. Ce disque était distribué en France, il fallait en assurer la promotion. C’était mon premier boulot effectivement.

Brigitte Patient : Mais votre premier boulot à la radio, c’est avec José Artur ?

Bernard Lenoir : Oui, avec José, oui.

Brigitte Patient : José Arthur, vous faisiez la programmation musicale du Pop Club

Bernard Lenoir : Oui, j’ai fait la programmation et puis j’ai fini réalisateur de l’émission.

Brigitte Patient : Et c’était l’époque où Patrice Blanc-Francart était là aussi ?

Bernard Lenoir : Non, non, j’ai pris la suite. Il y a eu Pierre Lattès, PBF, Villers qui était toujours dans les parages, et puis après, Lenoir, voilà

Brigitte Patient : Il y a bien un moment où on vous a installé comme ça, derrière un micro ?

Bernard Lenoir : Oui, il m’a mis un canon sur la tempe comme ça en disant : « Tu commences demain à 22 heures ». Non, je ne sais pas qui a eu l’idée à une époque…

Hervé Pauchon : Faites pas l’innocent Bernard, vous avez intrigué, c’est pas venu par hasard !

Bernard Lenoir : Non, j’ai eu beaucoup de chance. Je ne sais plus qui à l’époque a eu une idée absolument géniale en disant à José Artur : « Il y en a un peu marre de ton Pop Club là, ça fait 15 ans ou 17 ans que ça dure, il faut que tu fasses autre chose. » Donc on l’a foutu l’après-midi à 14 heures et il m’a imposé en disant : « Il faut absolument qu’on continue à écouter cette musique, la musique qu’on écoutait au Pop Club, il faut qu’elle reste sur Inter le soir, et il n’y en a qu’un qui peut s’en occuper encore, c’est Lenoir. » Il m’a imposé. Moi je ne voulais pas faire de micro, je ne veux toujours pas en faire d’ailleurs ! Mais il m’a imposé, oui, voilà.

Brigitte Patient : Alors quand est-ce qu’arrive l’émission « Souvenirs, souvenirs » où vous passez un peu des vieilleries ?

Bernard Lenoir : Ah ça c’était avant. Non, aujourd’hui c’est un concept qui s’est développé, il y a même une radio qui fait ça toute la journée. Mais à l’époque quand je suis arrivé dans cette maison, je me disais : « C’est marrant, on n’écoute que des disques qui viennent de sortir, et jamais au grand jamais on n’entendait un disque qui avait plus de 5 ans. Jamais, ça n’existait pas. » Et je me suis dit : « Mais il y a quand même des choses formidables dans cette musique qui a une quinzaine d’années, le rock donc, il y a quand même des choses formidables qu’on pourrait réécouter. » Et ça a été le point de départ de « Souvenirs, souvenirs » qui a été une émission qui a fait un carton monumental à 18 heures le soir et qui était présentée par Patrice Blanc-Francard. Mais à l’époque j’étais simplement producteur-réalisateur de cette émission, je ne faisais pas de micro.

Brigitte Patient : Et aujourd’hui, dans « C’est Lenoir », qui passe des vieilleries, entre guillemets, chez vous ? Il y a quelqu’un comme ça, un chroniqueur, un intervenant ?

Bernard Lenoir : Il y a Hugo Cassavetti qui vient une fois tous les 15 jours et qui exhume toujours un rocker quelconque, soit mort, soit encore en vie, mais qu’on a complètement oublié, que les gens redécouvrent avec beaucoup de plaisir

Brigitte Patient : Par exemple ?

Bernard Lenoir : Le dernier en date, c’était Colin Blunstone. Tout le monde est tombé à la renverse en entendant ce garçon chanter

Brigitte Patient : Comment vous choisissez ceux qui viennent dans votre émission ?

Bernard Lenoir : Il y en a eu pas mal depuis 20 ans : Jackie Berroyer, parce qu’il écrivait « Raconte Pas Ta Vie » dans Charlie Hebdo, et je me disais « Ce mec, il faut absolument qu’il vienne faire ça à la radio » ; Gilles Pernet, à l’époque où on parlait voile dans l’émission parce que je lisais ses chroniques dans L’Equipe et qu’il m’a donné cette passion de la voile et je me suis dit « Il faut qu’il la fasse partager aussi aux auditeurs » ; Arnaud Viviant, parce que je trouvais qu’il écrivait remarquablement bien, et que c’est ce que j’apprécie chez tous ces gens qui travaillent aujourd’hui aux Inrocks, ils ont fait des études. Arnaud, il a fait Normale Sup, donc il sait écrire, et en même temps, il écrit sur la musique. Il n’y a pas beaucoup de gens qui savent écrire aussi bien, donc il est devenu chroniqueur de l’émission. Assayas, pareil, voilà…

Brigitte Patient : Est-ce que vous vous réécoutez souvent ?

Bernard Lenoir : Jamais ! Ah là, ça a été une punition tout à l’heure d’entendre les quelques phrases.

Brigitte Patient : Et pourquoi ?

Bernard Lenoir : Oh j’en sais rien, mais…

Hervé Pauchon : Il n’a pas une très belle voix quand même, hein ?

Brigitte Patient : Non, c’est sûr.

Bernard Lenoir : Mais bon, non mais je pense que c’est plutôt sain de ne pas pouvoir supporter de s’écouter, ou de se voir. Je trouve ça plutôt bien.

Brigitte Patient : Michèle Soulier, elle est votre réalisatrice, tout le monde le sait

Bernard Lenoir : (plaisantant) Elle est surtout mon souffre-douleur

Brigitte Patient : Quel duo vous formez avec elle en dehors de ce qu’on entend passer à l’antenne, quand elle vous dit des choses dans le casque et quand vous lui répondez au micro ?

Hervé Pauchon : Il faut préciser à l’auditeur que Michèle Soulier est venue s’asseoir juste à côté de Bernard, donc il n’est pas complètement libre de sa réponse. Bernard, on vous écoute…

Bernard Lenoir : Michèle, c’est une complice, une complice de longue date, et c’est surtout quelqu’un avec qui je m’amuse énormément. Et on ne serait pas ensemble depuis 20 ans si on ne se marrait pas. On se marre avant tout quoi. On a le même recul sur tout. Et je crois qu’on n’a jamais l’impression, et Dieu sait si surtout elle bosse beaucoup, on n’a jamais l’impression de travailler quoi. On a eu la chance de faire d’une passion un métier quoi.

(30 :40)

Musique : Ben Harper – With My Own Two Hands

(32 :58)

Brigitte Patient : Bernard Lenoir, est-ce qu’il y a des moments, des semaines, des jours, des heures où la musique, toutes les musiques vous ennuient profondément ?

Bernard Lenoir : Oui, tous les jours. Non mais c’est vrai, c’est vrai. C’est difficile à comprendre et en même temps oui, oui, c’est l’amour et c’est le rejet en même temps parce que quand on est obligé d’écouter de la musique pour en faire son job… il y a des jours on n’a pas envie d’écouter de musique quoi. On aimerait faire autre chose… Moi, j’adore le cinéma, j’adore bouquiner, je suis obligé d’écouter de la musique alors je fais un peu la gueule quoi. Mais bon, ça s’arrange très vite parce que forcément dans ce que j’écoute, je tombe très vite sur des choses formidables ou des choses qui me touchent, qui me bouleversent, et hop, ça repart.

Brigitte Patient : Vous n’allez plus dans les concerts, puisque vous travaillez le soir ?

Bernard Lenoir : Et bien on fait venir les concerts jusqu’à nous, c’est encore mieux. Comme je le disais tout à l’heure, on est à l’antenne quand les concerts ont lieu à Paris. Donc on se rattrape pendant les festivals, festival des Inrocks, l’été sur la Route Du Rock, et puis le week-end parfois quand je reste à Paris, s’il y a quelque chose d’important à aller voir, j’y vais.

Brigitte Patient : Je vous propose de rencontrer un auditeur de France Inter avec le reportage d’Hervé Pauchon

Hervé Pauchon : Je suis donc allé rencontrer un auditeur de France Inter il y a quelque temps, Brigitte, puisque on en avait entendu un petit bout lorsque Jean-Luc Hees était venu. Il avait interpelé Jean-Luc Hees sur « Que devait être la radio en temps de guerre » ?

(34:37)

[Séquence reportage d’Hervé Pauchon chez des auditeurs : famille de Yang]

(40 :29)

Hervé Pauchon : Et oui, le hasard fait bien les choses, je suis venu le jour de l’anniversaire de Yang. Dominique était donc là, avec leurs enfants respectifs. Voilà, c’était un auditeur de France Inter, ma chère Brigitte

(40:37) Brigitte Patient : Un auditeur parmi d’autres, avec sa façon d’envisager, de critiquer, d’apprécier la grille des programmes et puis les informations de France Inter.

Hervé Pauchon : Ah oui, juste un détail, pour son anniversaire, il a reçu trois cadeaux : 1, c’était Les Chroniques de Guy Carlier, l’autre c’était Chet Baker, le disque France Inter, donc vraiment, c’est France Inter jusqu’au bout.

Brigitte Patient : Bernard Lenoir, je ne vous ai pas demandé quand aviez-vous découvert France Inter comme auditeur ?

Bernard Lenoir : Tout début du Pop Club, 64-65 par là…

Brigitte Patient : C’était la seule émission que vous écoutiez ?

Bernard Lenoir : C’était le seul endroit où je pouvais entendre la musique que j’aimais bien

Brigitte Patient : Philippe Labarde, on va maintenant regarder ce que les auditeurs vous disent avec les messages sur le net, les courriers, très très nombreux bien sûr.

Philippe Labarde : Oui,

Brigitte Patient : Je vais vous lire… Vous m’avez choisi une lettre que vous trouvez intéressante parce qu’elle résume, c’est cela ? , un peu tous les avis qui apparaissent : “Chers amis d’Inter, le dimanche précédant le déclenchement de la guerre en Irak, Jean-Luc Hees incitait, dans le Fil D’Inter,  les auditeurs à rester vigilants en cas de conflit. J’ai parfois l’impression que vous ne mesurez pas bien que, pour de nombreux auditeurs, France Inter nous accompagne plus de 4h par jour, au réveil, à table, en rentrant d’une journée de travail, en travaillant chez soi. Les journalistes et animateurs font partie de notre quotidien, presque de la famille, et vous savez que l’on est pas toujours très tendre avec ses proches. Alors, aujourd’hui, j’ai envie de réagir. La rédaction est prudente, c’est certain. Le conditionnel est de mise, on nous sensibilise à la communication faite par l’armée américaine qui peut être sujette à caution, etc… L’Irak, et c’est normal, tient une place prépondérante sur vos ondes, dans les journaux, les autres émissions C’est là que se situe, me semble-t-il, le problème car le conflit fait un peu d’ombre au reste de l’actualité. Alors, un bon journalisme consiste-t-il uniquement à vérifier ses sources et à échapper aux manipulations ? N’est-ce pas aussi une forme de manipulation que de passer sous silence, ou presque, d’autres problèmes également fondamentaux ?” Je n’ai pas dit que cette lettre était signée par Mathieu.

Philippe Labarde : Je pense que cette lettre, elle a l’avantage de résumer beaucoup d’avis de cette nature qui nous arrivent, c’est-à-dire la place prise par l’Irak, la guerre d’Irak, qui n’est pas discutée, mais c’est vrai qu’on sent une demande d’ouverture sur le reste. C’est la première des choses. Pour aller dans le même sens, on reçoit aussi beaucoup de mails de gens qui disent, qui parlent du 7/9…D’ailleurs, par parenthèse, Yang a dit qu’il n’aimait pas les informations, mais qu’il aimait bien le 7/9, donc on est toujours dans cette espèce de rapport curieux…

Brigitte Patient : Les auditeurs réagissent parce qu’il manque des chroniques

Philippe Labarde : Voilà, c’est-à-dire qu’il arrive que…Enfin, il a été décidé de supprimer certaines chroniques pour justement faire des journaux spéciaux, des émissions spéciales sur la guerre. Et le fait est que nous recevons beaucoup de mails pour nous dire que les gens regrettent parce que ces chroniques leur apparaissent, dans un moment de tension comme celui-là, comme des moments de respiration. Et au fond, nous en avons déjà parlé avec Jean-Luc et avec la direction de l’antenne, et le fait est que le dispositif va rester en place encore quelque temps mais que on commence déjà à réfléchir à quelque chose d’autre. Ça, c’est le premier point. On a des lettres de cette nature, c’est-à-dire « attention à ce que cette guerre d’Irak ne vous éloigne pas du reste »

Brigitte Patient : Et puis les auditeurs disent aussi attention aux mots employés,

Philippe Labarde : Alors, ça, c’est la couverture de la guerre elle-même. Là encore, nous recevons des lettres intéressantes et il y a quelque chose qui arrive en ce moment, il y a un sentiment que ressente les gens, c’est au fond la sympathie qui apparaît pour les Irakiens dans cette guerre. Au fond, ils ne nous reprochent pas de dire que cette guerre, elle n’est pas juste ou elle n’est pas légale, ils ne nous reprochent pas le débat sur la nature de la guerre, mais ce qui, non pas les choquent mais leur fait tendre l’oreille, c’est la sympathie qui apparait à travers le choix d’un adjectif ou d’un mot, le commentaire qui ne n’en est pas un. Quand on rapporte un fait, il suffit de mettre un adverbe ou un adjectif pour que, d’un seul coup, il y ait un petit commentaire dans le fait qu’on rapporte. Et ça, ils sont très attentifs à ça. Enfin, il y a une dernière chose qui est très importante. C’est vrai que dans les émissions sur cette guerre, on a l’impression, compte tenu des envoyés spéciaux que nous avons, etc… qu’on s’attache beaucoup aux opérations militaires. C’est-à-dire, les gens ont l’impression d’avoir des petits drapeaux. Alors, ils déplacent la 3ème division, la 2ème division, et là, clairement, on sent maintenant que c’est quelque chose qui, non pas ne les intéressent pas mais ils ne veulent pas que la guerre, ils ne souhaitent plus que la guerre efface tout l’enjeu de ce conflit. Il y a une demande de plus en plus grande d’analyse, d’aller voir ailleurs, d’élargir le débat. L’impression que j’ai, c’est que les gens ont vraiment envie qu’on ait un regard plus périphérique sur cette affaire, aussi bien géographiquement que ce qui se passe ailleurs. Que dit-on ailleurs ? Que dit la presse ailleurs ? Et puis également, une analyse plus périphérique que ce qui est le cas. On est à 40km de Bagdad, on est à 50 km de Bagdad, etc…Ils ne veulent pas de kriegspiel, ils sentent que c’est un évènement considérable, ça c’est clair, mais ils veulent que nous essayons de leur apporter absolument toutes les composantes et c’est évidemment ce que nous allons essayer de faire.

Brigitte Patient : Merci Hervé Pauchon, merci Philippe Labarde. Il me semble que la rédaction va dans ce sens, cela dit. Bernard Lenoir, merci d’avoir passé cette heure avec nous. Je voudrais juste savoir d’où vous vient cette expression qui arrive en fin d’émission : « Caresse et bise à l’œil » ? Franchement ?

Bernard Lenoir : Alors ça… ça date du lycée, Alger, tout petit comme ça. Un truc qui reste, on ne sait pas pourquoi.

Brigitte Patient : De votre adolescence ?

Bernard Lenoir : Oui, tout à fait.

Brigitte Patient : Vous vous disiez au revoir de cette façon-là ?

Bernard Lenoir : Ouais.

Brigitte Patient : Bon, et c’est tous les soirs comme cela ?

Bernard Lenoir : Ça dépend,

Brigitte Patient : Pas forcément ?

Bernard Lenoir : Non, non, je suis contre tous les systèmes !

Brigitte Patient : Au revoir, merci.

Bernard Lenoir : Au revoir.

(46:47)

Brigitte Patient : Hervé Pauchon, vous m’aidez à donner les adresses ?

Hervé Pauchon : Pour nous joindre : le répondeur 01 42 20 40 40. Les relations auditeurs : 08 92 68 10 33. L’adresse internet : aufildinter@radiofrance.com. Et par courrier : France Inter, Au fil d’Inter, 116 avenue du Président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16.

(47:48)

Hervé Pauchon : Allez Brigitte, une dernière chose : Caresse et bise à l’œil.

Brigitte Patient :  Oui, d’ailleurs le rendez-vous avec Bernard Lenoir, c’est du lundi au jeudi de 21h à 22h sur France Inter.

Les titres en vidéo

Provided to YouTube by BWSCD Inc

Soldier Girl · The Polyphonic Spree

The Beginning Stages of...

℗ 2000 Good Records Recordings

Released on: 2013-08-06

Main Artist: The Polyphonic Spree
Music Publisher: Blue Newton Echo Music (BMI)

Auto-generated by YouTube.

Laisser un commentaire